Charles de Gaulle et la Première Guerre mondiale

Durant la Grande Guerre, de 1914 à 1918, Charles de Gaulle a mené trois batailles avant d'être fait prisonnier durant près de deux ans et demi.
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À juste titre, le nom de Charles de Gaulle est souvent – sinon toujours – associé à la Seconde Guerre mondiale et à la France Libre, mais ce serait oublier que le général a aussi combattu durant la Première Guerre mondiale, celle de 14-18. Il était alors âgé de 23 ans.

Retour sur ce poilu de la Grande Guerre qui, près de 30 ans plus tard, sauve la France et son peuple de l'oppresseur allemand.

Charles de Gaulle, de lieutenant à capitaine

Lieutenant quand éclate la guerre, Charles de Gaulle est blessé une première fois à Dinant, dans les Ardennes belges, le 15 août 1914. Secouru par les civils, il est vite sur pied et il est nommé capitaine cinq mois plus tard. À la tête de la 7e compagnie du 33e RI, il est à nouveau blessé (à la main gauche) lors de la bataille de la Somme , le 10 mars 1915. Déjà l'homme se distingue comme un valeureux soldat, volontaire et engagé.

Charles de Gaulle fait prisonnier à la bataille de Verdun

2 mars 1916. Alors que son régiment défend le village de Douaumont, près de Verdun, sa compagnie est anéantie au terme de longues heures de combat. De Gaulle est atteint par un coup de baïonnette à la cuisse gauche, tandis que non loin une grenade explose, il perd connaissance. À son réveil, il se trouve déjà en captivité: il tente alors une évasion – la première d'une longue série, en vain. Il est transféré au camp d'Osnabrück, en Basse-Saxe, avec d'autres officiers.

Charles de Gaulle, multirécidiviste de l'évasion

Bien que les officiers bénéficient de meilleures conditions que les simples soldats, le capitaine de Gaulle, prisonnier amer, fait cinq tentatives sérieuses d'évasion, toutes échouent. Mû par un profond sens du patriotisme, ses plans d'évasion sont alors une manière pour lui de poursuivre la guerre par d'autres moyens; tout comme les exposés sur la guerre en cours qu'il organise pour ses compagnons – dont, notamment, le célèbre aviateur Roland Garros (1).

Durant plus de trente mois, il est tour à tour transféré dans les camps d'Osnabrück, de Sczuczyn, d'Ongolstadt, de Rosenberg, de Wülzburg. Les combats – défaites comme victoires –, se vivent désormais derrière les murs de briques, derrière les frontières de l'ennemi: le jeune capitaine passe le reste de la guerre en captivité. Une captivité qui le marque profondément...

« C'est pour moi un chagrin qui ne s'éteindra qu'avec ma vie »

Charles de Gaulle ressent sa détention comme une immense honte. Ces mots qu'il destine à sa mère, le 19 décembre 1917, en témoignent: «N'avoir pu assister à cette Victoire, les armes à la main, c'est pour moi un chagrin qui ne se terminera qu'avec ma vie et dont je ne pense pas devoir rencontrer jamais d'aussi profond ni d'aussi amer m'étreint en ce moment plus directement que jamais. Être inutile aussi totalement, aussi irrémédiablement que je le suis dans les heures que nous traversons quand on est de toute pièce construit pour agir, et l'être par surcroît dans la situation où je me trouve et qui pour un homme et un soldat est la plus cruelle qu'on puisse imaginer !»

Libéré après l'armistice du 11 novembre 1918 , de Gaulle retrouve les siens un mois plus tard et reçoit trois honneurs : la croix de Chevalier de la Légion d'honneur, la médaille des Évadés, récompense généralement réservée à ceux qui ont réussi à s'échapper, ainsi que la croix de guerre 1914-1918 pour «conduite exceptionnelle au cours de la Première Guerre mondiale».

Débute alors pour Charles de Gaulle une carrière militaire brillante qui culminera – la France s'en souvient – avec l'appel du 18 juin 1940 . La suite, tout le monde la connaît...

Notes et Sources :

(1) Au total, environ 600 000 soldats et officiers français furent capturés pendant la durée de la Première Guerre mondiale ( Larousse de la Grande Guerre , Cabanes & Duménil)

Jacques Le Groignec, Pétain et de Gaulle , Nouvelles Éditions Latines, 1998.

Yves Amiot, La Capture – De Gaulle à Douaumont 2 mars 1916 , Éditions Ulysse, 1997.

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