Comment la Belgique a pris part à la Première Guerre mondiale

Août 1914 : provoquant l'admiration des Français et la colère des Allemands, la Belgique tient tête à l'ultimatum que lui adresse l'Allemagne.

«La Belgique formera un État indépendant et perpétuellement neutre. Elle sera tenue d'observer cette même neutralité envers tous les États». C'est en ces termes qu'est défini le statut de stricte neutralité de la Belgique, selon le Traité du 15 novembre 1831 conclu avec la France, l'Angleterre, la Prusse et la Russie. Pourtant, le petit Royaume subira, lui aussi, la Première Guerre mondiale de plein fouet.

3 août 1914: M. de Below Saleske assure que la Belgique n'a rien à craindre

À la veille du conflit de la Grande Guerre, l'ambassadeur d'Allemagne en Belgique, M. de Below Saleske, déclare au quotidien Le Soir du 3 août: «L'idée a toujours prévalu chez nous que la neutralité de la Belgique ne serait pas violée [...]. Les troupes allemandes ne traverseront pas le territoire belge. Des événements graves vont se dérouler. Peut-être verrez-vous brûler le toit de votre voisin, mais l'incendie épargnera votre demeure».

Le peuple belge est rassuré. Le commandement français ordonne à ses troupes de se tenir éloignées de la frontière belge: la neutralité du pays ne peut être ébranlée.

L'Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique

Sous son discours rassurant, l'ambassadeur d'Allemagne cache une toute autre vérité. La veille de son discours au quotidien, l'homme remettait une note au gouvernement belge, un ultimatum :

«Le Gouvernement allemand a reçu des nouvelles sûres d'après lesquelles les forces françaises auraient l'intention de marcher sur la Meuse par Givet et Namur. Ces nouvelles ne laissent aucun doute sur l'intention de la France de marcher sur l'Allemagne par le territoire belge. [...] C'est un devoir impérieux pour l'Allemagne de prévenir cette attaque de l'ennemi. [...] Afin de dissiper tout malentendu, le Gouvernement allemand déclare ce qui suit : si la Belgique consent à prendre une attitude bienveillante vis-à-vis de l'Allemagne, le Gouvernement allemand de son côté s'engage à :

  • garantir le royaume et ses possessions dans toute leur étendue,
  • évacuer le territoire belge aussitôt la paix conclue,
  • acheter contre argent comptant tout ce qui sera nécessaire à ses troupes,
  • indemniser les dommages causés en Belgique.

Contre toute attente, la Belgique refuse l'ultimatum de l'Allemagne

L'Allemagne reste convaincue que, face à cet ultimatum, le roi Albert Ier s'inclinera et laissera passer les troupes allemandes. D'autant que le jeune roi est né Hohenzollern par sa mère, la propre famille du Kaiser, et sa femme, Élisabeth, est une princesse bavaroise.

L'Allemagne n'est pas au bout de ses surprises: la réponse du gouvernement belge , notifiée le lendemain, est toute autre et s'achève par: «Le Gouvernement belge se refuse à croire que l'indépendance de la Belgique ne puisse être conservée qu'aux prix de sa neutralité. Si cet espoir était déçu, le Gouvernement belge est fermement décidé à repousser par tous les moyens en son pouvoir toute atteinte à son droit».

4 août 1914: l'Allemagne déclare la guerre à la Belgique

Le 4 août à 6 heures, l'Allemagne déclare la guerre à la Belgique. Trois heures plus tard, le général von Emmich franchit la frontière, direction Liège. Dans la même journée, l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne. Les premières affiches appelant à l'enrôlement portent la mention «Remember Belgium».

Face au courage des Belges, la France célèbre Albert Ier, surnommé le «roi chevalier», dont le gouvernement s'installe au Havre. Les réfugiés belges sont vivement accueillis et on leur rend hommage, comme à Marseille où le quai de la Fraternité est rebaptisé quai des Belges.

Sources :

J. Braibant, 14-18, un autre regard (2010), Jourdan Éditions

Jean-Yves Le Naour, La Première Guerre mondiale pour les Nuls (2008), Éditions First

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