Comprendre la Belgique pour comprendre la crise belge

Crise belge ceci, crise belge cela. Mais quelle est donc cette crise que traverse la Belgique ? Et quelle en est l'origine ? Explications.
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La Belgique, c'est 11 millions d'habitants répartis sur 30 500 km² avec, au nord la Flandre, et au sud la Wallonie. Au coeur du pays, sous l'oeil malicieux de Manneken-Pis, Bruxelles. Siège de l'Union européenne, elle est aussi la capitale d'un État en crise. Pourquoi? Quelles en sont les causes? Difficile de prendre le train de l'actualité politique belge en marche tant elle s'avère complexe. Pour y voir plus clair et comprendre la crise, il s'agit d'abord de comprendre la Belgique, le plat pays comme la nommait Brel.

Indépendance de la Belgique le 4 octobre 1830 : francophones et Flamands (néerlandophones) s'allient

Longtemps sous influence étrangère, le destin de la Belgique se joue lors du Congrès de Vienne, alors que les vainqueurs de Napoléon redessinent la nouvelle carte de l'Europe. Nous sommes le 9 juin 1815, le territoire belge est intégré aux Pays-Bas actuels pour former le Royaume-Uni des Pays-Bas , et ce afin de prévenir une nouvelle annexion du territoire par la France. Un nouveau royaume qui n'aura que 15 ans de vie puisque francophones et Flamands catholiques s'allient et proclament l'indépendance de la Belgique, le 4 octobre 1830, au détriment des Pays-Bas, majoritairement protestants. Alors que le catholicisme dessine les frontières de la Belgique, c'est le début d'une drôle d'histoire qui commence.

Inégalités linguistiques entre Flamands (néerlandophones) et francophones

Très vite, les Flamands vont se sentir dominés. D'un point de vue linguistique, d'abord, puisque le français s'impose comme la langue officielle du pays - et ce pour deux raisons connues. La première, parce que la bourgeoisie économique est principalement francophone. La seconde, pour se distinguer des Pays-Bas où la langue officielle est le néerlandais (ou flamand). Il faudra alors attendre 1898 pour que la langue de Van Dale soit reconnue comme officielle, au même titre que le français.

Inégalités économiques entre Flamands (néerlandophones) et francophones

Domination francophone également au niveau économique. Et pour cause: devenue l'une des grandes régions industrielles de l'Europe, notamment grâce aux mines de charbon et à l'industrie métallurgique, la Wallonie tire l'économie belge durant la première moitié du 20e siècle, au détriment d'une Flandre agricole et moins développée que ses pairs.

Ce n'est que dans les années 1960 que le renversement opère en faveur de la Flandre. Tandis que les industries minières de Wallonie s'épuisent, la Flandre mise sur les secteurs automobiles, chimiques et textiles. S'ajoute à cela l'essor du commerce maritime, notamment grâce au port d'Anvers, premier port de Belgique. Intégrée peu à peu dans la mondialisation, aujourd'hui elle génère à elle seule 80% du commerce extérieur de la Belgique, avec un taux de chômage de 6,7% en 2009 contre 16,6% en Wallonie (1).

Dès lors, les Flamands considèrent que c'est leur région qui tire l'économie de toute la Belgique et renfloue le budget de l'État belge.

Justement, comment fonctionne la Belgique ?

Tout comme la France l'est aujourd'hui, la Belgique était en 1830 un Etat centralisé. Or un processus de décentralisation a lieu dans les années 1970 afin d'éviter une rupture franco-flamande, et donne naissance à un Etat fédéral , en 1993. Dès lors, le pays est divisé en trois régions :

  • la région flamande, au nord du pays
  • la région wallonne, au sud du pays
  • la région de Bruxelles-Capitale, majoritairement francophone et enclavée dans la région flamande

À ce découpage institutionnel s'ajoute un découpage linguistique, défini en trois communautés (2) :

  • la communauté flamande, qui couvre la Flandre et les locuteurs flamands de Bruxelles
  • la communauté française, qui couvre la Wallonie et les locuteurs francophones de Bruxelles
  • la communauté germanophone à l'est de la Wallonie (petit territoire gagné sur l'Allemagne en 1920), qui couvre 75 000 locuteurs allemands

Fédéralisme de la Belgique, une arme à double tranchant

En effet, parmi les compétences encore liées à l'État belge, figurent les finances, le budget, la justice, la défense, le maintien de l'ordre, la politique étrangère et -surtout - l'emploi et la sécurité sociale. Hors, nombreux sont les flamands à vouloir qu'emploi et sécurité sociale soient gérés au niveau régional et non plus au niveau national. Car ils ont le sentiment de payer pour les wallons.

Bien sûr, une telle décision va à l'encontre même d'un gouvernement fédéral. De plus, toute indépendance de la Flandre pose la question des frontières, notamment celles de l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), à cheval entre deux régions.

Ainsi, le coeur du problème est étroitement lié à l'Histoire. Une histoire d'origines, celles du pays, l'histoire des belges (francophones et flamands), des cultures, des terres. Évidemment elle ne peut se résumer à ces quelques lignes; néanmoins, elles peuvent s'avérer un passage utile, sinon nécessaire, à la compréhension de la crise que traverse aujourd'hui la Belgique.

Sources

(1) Chiffres selon la Commission Européenne eurostat

(2) Carte provenant de la Communauté française de Belgique

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