Démographie: les facteurs des pics de naissances expliqués

L'étude publiée ce mardi 25 janvier 2011 par l'INED explique les facteurs (religieux, économique...) des pics de naissances de ces quatre derniers siècles.

Dans une étude intitulée " Y a-t-il une saison pour faire des enfants ? " publiée ce mardi 25 janvier dans Population et sociétés , deux chercheurs de l'Institut national d'études démographiques (INED) démontrent que les facteurs des pics de naissances ne sont pas climatiques comme nous l'avions longtemps pensé mais bien sociaux.

La religion, facteur principal du pic des naissances durant des siècles

Au XVIIIe siècle, le scientifique suédois Pehr Wargentin résumait dans ses Mémoires de l'Académie des sciences de Suède (1767) que "ce sont le printemps et la première partie de l'été qui redonnent vie à toute la nature". Il naissait en effet beaucoup plus de bébés en janvier, février et mars que pendant les mois suivants, pour autant était-ce lié à l'ivresse printanière et à l'apparition des premières chaleurs comme le soutenait le chercheur ? Arnaud Régnier-Loilier et Jean-Marc Rohrbasser, dans leur étude, affirment que non et démontrent qu'à cette époque, la saisonnalité des naissances correspondait étroitement au respect des interdits religieux.

Selon eux, le creux de naissances de décembre était la conséquence directe du déficit de conception de mars: c'était alors le Carême chrétien pendant lequel les relations sexuelles et les mariages étaient interdits par l'Église. "Il [le pic de naissance, ndlr] s'explique en partie par la reprise des rapports sexuels au sortir du Carême mais aussi par une recrudescence des mariages." Les rapports sexuels étaient – et sont toujours – exclus avant le mariage par l'Église.

Au fil des siècles, les accouchements se répartissent de plus en plus sur l'année

Les bases de la recherche sont fixées – les saisons n'influencent pas la conception – et les siècles suivants appuient le constat de la recherche. En effet, au fil des siècles, les accouchements se répartissent de plus en plus régulièrement sur l'année, exception faite des périodes de guerre, pour autant les saisons ne se modifient guère. Pour les deux chercheurs, les raisons de ce changement progressif sont les interdits religieux de moins en moins respectés. Ainsi, l'étude conclut: "Cette évolution conduit à écarter les explications faisant appel à la température ou à la nature, dans la mesure où les conditions climatiques n'ont pas connu de profonds changements."

La saisonnalité des naissances déterminée par la vie économique du pays

Dans les années 1970, les fluctuations saisonnières s'estompent et seul un pic de naissances en avril et mai subsiste, ce qui correspond à un pic de conception durant l'été (265 jours de gestation). Arnaud Régnier-Loilier et Jean-Marc Rohrbasser se tournent vers le calendrier social pour expliquer cette tendance: "Depuis l'instauration des congés payés en 1936, la plupart des Français prennent leurs congés en juillet et en août. Les conjoints sont alors plus disposés à concrétiser leurs désirs d'enfants et aussi plus disponibles pour les ébats amoureux. La saisonnalité des naissances serait ainsi 'déterminée' par le rythme saisonnier de la vie économique du pays."

Septembre, pic de naissances aujourd'hui: l'engouement de la Saint-Sylvestre

Alors que la saisonnalité des naissances continue de s'atténuer depuis les années 1970, le pic, lui, s'est déplacé: bien que les Françaises affichent une préférence pour le mois de mai, c'est pendant le mois de septembre – avec un record pour le 23 septembre – que les bébés sont les plus nombreux. Le pic de conception intervenant donc neuf mois auparavant, soit le jour de l'an pour les naissances record du 23 septembre, "les conceptions donnant lieu à une naissance vivante sont presque deux fois plus nombreuses ce jour-là que tout autre jour de l'année".

Comment l'expliquer? Selon l'étude, toujours, "les couples cherchant à concevoir sont probablement plus nombreux à être réunis ce jour-là. De ce fait, ils sont plus nombreux à avoir des rapports sexuels au moment de la Saint-Sylvestre".

Alors, tant qu'on fêtera la Saint-Sylvestre...

Sur le même sujet