Energie - Flexblue, une centrale nucléaire sous la mer

Le groupe français DCNS a présenté son nouveau projet: Flexblue, la création d'un réacteur atomique sous la Manche d'ici 5 à 6 ans. Présentation.
12

Absurde? Insensé? Révolutionnaire? L'annonce du projet du groupe français DCNS, entreprise spécialisée dans les systèmes navales , n'a pas manqué d'intriguer, tant du côté de ses partisans que de ses détracteurs. Et pour cause, du jamais vu: la création d'un réacteur atomique sous-marin sous la Manche d'ici cinq à six ans.

Le Flexblue, un gigantesque cylindre de 12.000 tonnes sous la Manche

Baptisé Flexblue, le prototype se présente sous la forme d'un tube long d'une centaine de mètres, d'un diamètre oscillant entre 12 et 15 mètres, et d'une masse de 12.000 tonnes environ. Un gigantesque cylindre hébergeant une petite chaudière nucléaire, un groupe turbo-alternateur, une usine électrique et des systèmes auxiliaires, pour une puissance de 50 à 250 mégawatts. Une capacité suffisante, donc, pour alimenter une ville d'un million d'habitants via un câble électrique sous-marin, soit « une ville de la taille de Tanger ou une île comme Malte », selon Patrick Boissier, PDG de la DCNS.

Ancré sous 60 à 100 mètres d'eau, à quelques kilomètres des côtés, Flexblue sera construit dans les chantiers navals de Cherbourg, où s'effectueront les opérations de maintenance. Mais aussi à Brest, Toulon et Lorient, où sont implantés les sites de DCNS.

«C'est un projet qui peut paraître assez fou mais qui est parfaitement rationnel»

Évalué à quelques centaines de millions d'euros, le Flexblue présenterait l'avantage d'être produit en série et plus rapidement (2 ans) que les réacteurs dits classiques, épargnant ainsi les travaux de génie civil coûteux.

Dans la présentation de son projet, Patrick Boissier estime que Flexblue bénéficierait de la protection de la mer: la chute d'un avion serait stoppée par la profondeur de l'eau. Et l'eau est la meilleure barrière contre les radiations. Selon Bruno Tertrais, spécialiste du nucléaire et maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, il s'agit d'un « projet qui peut paraître fou mais qui, lorsqu'on l'analyse attentivement, est parfaitement rationnel ». De plus, la DNCS affirme qu'un tel projet permettra de fournir de l'électricité à un coût compétitif. L'électricien EDF et le nucléariste AREVA ont déjà marqué leur intérêt pour le concept Flexblue.

«On est en plein délire. En cas d'accident, il n'y a pas pire que l'eau»

Séduisant d'aspect, le projet déclenche par ailleurs la colère dans les camps écologistes: « On est en plein délire. En cas d'accident, il n'y a pas pire que l'eau, où la pollution radioactive comme chimique se disperse plus vite que dans l'air », considère le militant antinucléaire et ancien eurodéputé Verts Didier Anger. Et le président du Crilan (Comité de réflexion, d'information et de lutte antinucléaire) d'ajouter: « Toute la Manche et d'autres mers éventuelles seraient détruites ou contaminées, selon l'importance du sinistre et la dispersion par les courants. Qui plus est, dans un tel cas, le réchauffement brutal des eaux provoquerait un formidable choc thermique destructeur de vie.»

Durant les deux prochaines années, la DCNS compte approfondir, en partenariat avec EDF et AREVA, ses recherches et déterminer les enjeux industriels de son produit. Flexblue, centrale nucléaire de l'avenir? Affaire à suivre...

Voir aussi: prototype de Flexblue en vidéo

Sur le même sujet