Eric Zemmour, lauréat du Prix Richelieu à tort ou à raison ?

Alors que le Prix Richelieu décerné à un journaliste méritant revient cette année à Eric Zemmour, le président de l'association, Angelo Rinaldi, démissionne

L'association Défense de la langue française qui décerne chaque année le Prix Richelieu à un journaliste de la presse écrite ou audiovisuelle qui «aura témoigné par la qualité de son propre langage et de son souci de défendre la langue française» a fait table rase de la polémique qui entoure actuellement Eric Zemmour en le désignant lauréat 2011 de ladite récompense. Un choix qui ne fait pas l'unanimité, à commencer par l'académicien et président de l'association, Angelo Rinaldi.

Zemmour lauréat du Prix Richelieu, Angelo Rinaldi démissionne

Face à ce choix, Angelo Rinaldi de l'Académie française a démissionné de la présidence de l'association afin de marquer son total désaccord. Il s'en explique à Libération : «Les choses m'ont paru simples et évidentes : je me plie au vote démocratique, car je n'ai pas le choix. Par contre je refuse de présider une association qui récompense et donc légitime la propagande de M. Eric Zemmour». Pour rappel, l'auteur de Mélancolie française a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris , le 18 février 2011, pour provocation à la discrimination raciale, ayant «dépassé les limites autorisées de la liberté d'expression».

Avec le départ d'Angelo Rinaldi, l'association Défense de la langue française, fondée par Paul Camus en 1952 et initialement nommée Fondation du Cercle de presse de Richelieu, se voit orpheline de son cinquième académicien à la présidence. Ainsi, de 1952 à l'arrivée d'Angelo Rinaldi, s'étaient succédés Léon Bérard, Maurice Genevoix, Jean Mistler et Jean Dutourd, décédé ce 17 janvier 2011.

Zemmour, 21e lauréat du Prix Richelieu de la Défense de la langue française

Succédant aux deux journalistes français Quentin Dicklinson (France Inter) et Jean Quatremer (Libération), lauréats 2010, Eric Zemmour devient le 21e détenteur du Prix Richelieu, décerné pour la première fois en 1992. Parmi ces lauréats, notamment les présentateurs de TF1, Jean-Claude Narcy et Claire Chazal, l'animateur-producteur à Radio France, Frédéric Lodéon, ou encore Renaud Matignon du Figaro littéraire. Un deuxième prix, donc, pour le polémiste qui, le 21 janvier 2011, se voyait décerner le Prix de la liberté d'expression 2010 par le site Internet Enquête & Débat aux côtés de l'humoriste Dieudonné.

Angelo Rinaldi, l'homme des honneurs, le critique littéraire

Angelo Rinaldi, qui rappelle à Libération que «les étrangers stigmatisés par le discours d'Eric Zemmour viennent majoritairement de pays francophones», est ce que l'on peut appeler l'homme des honneurs : ses oeuvres La Loge du gouverneur (1969) et La Maison des Atlantes (1971) sont l'une et l'autre récompensées des Prix Fénéon et Femina; en 1994 il reçoit le Prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco pour l'ensemble de son oeuvre; en juin 2001 il est élu à l'Académie française, et, en avril 2007, sacre des honneurs, il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur.

Écrivain et journaliste, ancien directeur du Figaro littéraire, Angelo Rinaldi est réputé pour ses critiques acerbes envers les auteurs «à la mode», dont Michel Houellebecq (« Le prochain Houellebecq, un pétard mouillé ») et Philippe Sollers (« Portier d'hôtel s'adressant à des touristes étrangers »).

Célébrer ou ne pas célébrer Eric Zemmour ?

Au-delà de ses propos «haineux» et «raciaux», Eric Zemmour mérite-t-il le Prix Richelieu qui, rappelons-le, félicite «la qualité de son propre langage et de son souci de défendre la langue française» ? De prime abord, la teneur du discours et le style, le verbe de l'individu, ne semblent pas liés. C'est en tout cas l'avis de la majorité des membres de Défense de la langue française qui ont porté leur choix sur le «déjà très médiatisé» Eric Zemmour.

Au vu de la teneur des événements et de la démission de leur président, ces derniers justifieront-ils leur choix ? Dans l'attente, l'honorable Prix se verra décerné le jeudi 17 avril 2011 dans la cour d'honneur de l'Institut de France.

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