Explosions au Japon : où en est le nucléaire en Belgique ?

Alors que des explosions se produisent dans une centrale nucléaire japonaise, de nombreux pays dont la Belgique s'interrogent : faut-il sortir du nucléaire?

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 8.9 suivi d'un tsunami destructeur ravagent l'archipel nippon. Le lendemain, une première explosion secoue la centrale nucléaire de Fukushima , à quelques 200 km de Tokyo. Il n'en faudra pas davantage pour qu'un véritable tollé d'interrogations assaillent l'Europe et ses nombreux pays «nucléarisés»: quelle est la place du nucléaire dans nos pays ? Sommes-nous prêts à faire face à ce type de catastrophe ? Parmi ces pays, dont la France et ses 58 réacteurs nucléaires , la Belgique avec ses sept réacteurs contenus dans deux centrales, à Doel et Tihange.

Une loi pour sortir du nucléaire en Belgique d'ici à 2025

La Loi sur la sortie progressive de l'énergie nucléaire à des fins de production industrielle d'électricité, dite loi de Phase-out du 31 janvier 2003, prévoit que d'ici à 2025, la Belgique sortira du nucléaire, sauf en cas de force majeure. Ainsi, trois centrales devraient fermer dès 2015, suivies des quatre dernières pour 2025. Or, huit ans après cette décision, et quatre ans avant les premières fermetures, le nucléaire satisfait encore plus de la moitié des besoins énergétiques de la Belgique ( 55% selon SPF Économie ). En cause, la lenteur des investissements pour les énergies alternatives, et les prix des produits pétroliers, notamment, à la hausse.

L'AIE invite la Belgique à prolonger le nucléaire

Dans son rapport annuel publié mercredi 9 mars 2011 , soit trois jours avant la première explosion au Japon, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) invite la Belgique à prolonger le nucléaire ; dans le cas contraire, cela aura «des conséquences défavorables pour la sécurité de ravitaillement, la lutte contre le réchauffement climatique et la croissance économique». Et d'assurer : «Il doit être faisable de garder les centrales belges sûres et fiables après leur durée de vie de 40 ans».

Si le rapport conforte l'avis de certains politiciens – Paul Magnette, ministre du Climat et de l'Énergie, s'employait en 2009 à prolonger la durée de vie des centrales tandis que la semaine dernière, le Premier ministre Yves Leterme abondait en ce sens –, ils se montrent néanmoins plus prudents suite aux événements survenus au Japon. À la question «Faut-il sortir du nucléaire ?» la ministre de l'Intérieur, Annemie Turtelboom, déclare refuser de tomber dans le «populisme» mais souligne : «On en tirera les leçons».

« Ce qui se passe au Japon n'a pas de conséquences ici en Belgique »

Interrogée sur les antennes de la RTBF , Annemie Turtelboom déclare que «ce qui se passe maintenant au Japon n'a pas de conséquences ici en Belgique». De même, à la question «Sommes-nous prêts à faire face à ce genre de catastrophes ?», l'auditeur devra se contenter d'un «Normalement oui».

Une réponse qui ne satisfait pas les écologistes du pays, tant au nord qu'au sud. Olivier Deleuze, député Écolo, rétorque au même micro : «Aucun pays ne peut être à l'abri d'un accident nucléaire, il y aujourd'hui des centrales dans 31 pays du monde (...) La meilleure politique de prévention de ce type d'accidents, c'est de fermer lentement les centrales belges existantes». Des propos appuyés par Greenpeace qui, depuis sa création, lutte contre le nucléaire : «Sortir du nucléaire de 2003 et s'engouffrer au plus vite dans tout ce qui est énergie renouvelable».

Sortir ou ne pas sortir du nucléaire en Belgique ?

Si le débat sur la prolongation du nucléaire en Belgique est vivement relancé, c'est le flou complet en termes de décisions concrètes. Sortir ou ne pas sortir du nucléaire ? Si la question n'est pas tranchée, elle est au centre des préoccupations et devra l'être – c'est le souhait de nombreux Belges – par le prochain gouvernement. Mais là encore une question, et pas des moindres : quand ?

De plus, les seules décisions belges ne pourront être prises en compte si l'on s'en réfère à la carte des centrales nucléaires en France : aux abords des frontières franco-belges, les centrales de Gravelines, Chooz et Caltenom. Puisqu'on le sait : en cas d'un scénario semblable à celui qui se déroule au Japon, les radiations ne s'arrêteront pas nets aux frontières.

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