Jaimelinfo.fr, ou comment financer des reportages

D'ici mars prochain, le site J'aime l'info proposera aux internautes de financer des enquêtes, projets et reportages en vue d'un «journalisme de qualité».

Après le cinéma, la musique et l'art, les internautes vont pouvoir participer au financement d'articles de presse en ligne. Lancement prévu début mars prochain, la plateforme J'aime l'Info proposera aux internautes de financer directement des enquêtes, des projets et des reportages afin de «marquer leur attachement à leurs sites préférés et au développement d'un journalisme de qualité» . Porté par Rue89, la plateforme s'inspire ainsi du modèle lancé aux États-Unis en 2008, et qui connaît un franc succès, Spot.us

Jaimelinfo.fr, un financement collectif pour un journalisme de qualité

Comme son modèle américain, la plateforme de «crowdfunding» (financement collectif) permettra aux lecteurs de donner de l'argent pour contribuer à la réalisation de projets journalistiques. Toutefois, contrairement à Spot.us, ces derniers seront proposés par des sites d'information et non des journalistes indépendants. «N'importe quel site ou blog d'information pourra s'y inscrire, sous réserve de certaines conditions» , précise le site sur son actuelle page d'accueil. Dès lors, le principe est simple: une enveloppe est fixée et affichée sur le site, ainsi qu'une date limite pour les souscriptions. Une fois la somme réunie, les journalistes peuvent enquêter.

En 2009, un reportage sur un amas de déchets flottants dans le Pacifique , financé à hauteur de 6000 dollars sur Spot.us, avait ainsi valu à son auteur, Lindsey Hoshaw, d'être publiée dans le prestigieux New York Times .

Participer à une plateforme de crowdfunding?

À l'inverse des sites tels que Mymajorcompany et Mymajorcompanybooks où l'internaute devient producteur et éditeur, avec d'éventuels revenus, les plateformes de crowdfunding n'offrent pas cette opportunité (1). Pour Laurent Mauriac, président de Jaimelinfo.fr et journaliste à Rue89, l'essentiel est avant tout de «contribuer au fonctionnement et au développement des reportages » , comme l'annonce d'emblée le titre du site: J'aime l'info | Soutenez la presse en ligne. Et de préciser: «Beaucoup de sites comme Rue89 ont bâti une communauté de lecteurs fidèles. Celle-ci peut trouver de l'intérêt à participer à la construction du modèle économique ». Toutefois, il y a la possibilité de déclarer le don et d'en obtenir une réduction fiscale lors de sa déclaration d'impôt.

Un concept original que l'on retrouve aux États-Unis, donc, mais aussi en France avec Ulule (financement de tout type de projet: films, spectacles, etc. Mais peu de type journalistique) et Glifpix , entièrement consacré, lui, au journalisme.

France: avant J'aime l'info, il y a Glifpix

Lancé en octobre 2010, la plateforme Glifpix n'a pas remporté le succès escompté. En quatre mois, une vingtaine de projets ont été proposés par des journalistes, mais aucun n'est en mesure d'être réalisé. Quand le luxe se fait respectueux de l'environnement , un projet proposé le 27 octobre 2010 par Pierre Boyer, n'a récolté que 10 euros sur les 600 nécessaires.

«C'est vraiment un essai. On n'est pas du tout sûr au départ qu'il y ait un marché pour ça en France. On s'est donné six mois pour apprendre et pour voir » , explique Hélène Huby, chef de projet Glifpix. «On n'a pas cette culture de promotion de ses propres projets comme aux États-Unis », souligne-t-elle.

Il reste donc à souhaiter à Jaimelinfo de faire mieux que Glifpix, et de connaître le succès de la cinquantaine d'autres sites lancés par Rue89, dont, notamment, Mediapart, OWNI, Cafebabel et Myeurope.

(1) Lire à cet effet: Pourquoi participer à une plateforme de crowdfunding , de Nicolas Dehorter.

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