La Première Guerre mondiale : les romans à lire

"Le Feu", "Les Croix de bois", "Orages d'acier" : trois romans parmi tant d'autres témoignent de la Grande Guerre. À mettre entre toutes les mains.
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Dès 1915, les premiers romans de la Grande Guerre apparaissent. Ils dépeignent tantôt le quotidien des soldats sur le front, le champ de bataille, tantôt l’atrocité de la guerre et son lot d’amertume. Leurs auteurs, les écrivains-combattants, racontent leur guerre, partagent leur vision et, surtout, nous offrent un témoignage intemporel sur ces quatre années "qui ont modelé le XXe siècle".

S’il est difficile d’énumérer et détailler chaque roman tant ils sont nombreux, il est toutefois opportun de citer les plus célèbres d’entre eux: Le Diable au corps (Raymond Radiguet, 1923), le célèbre À l’ouest rien de nouveau (Erich Maria Remarque, 1928), L’Adieu aux armes (Ernest Hemingway, 1929) ou encore Le Grand Troupeau (Jean Giono, 1931) et Voyage au bout de la nuit (Louis-Ferdinand Céline, 1932).

À cette liste non-exhaustive, s’ajoutent Le Feu: Journal d’une escouade, Les Croix de bois et Orages d’acier .

Henri Barbusse, Journal d’une escouade (1916)

Paru en feuilleton dans le quotidien L’Oeuvre entre août et septembre 1916, puis sous forme de roman le mois suivant aux éditions Flammarion, Le Feu connaît un succès immédiat. Pour cause: Henri Balbusse (1873-1955), combattant des premières lignes, y dépeint avec un réalisme notable l’horreur de la guerre et le quotidien des soldats, bien souvent enrôlés à leurs dépens. Œuvre pacifiste ("Deux armées qui se battent c’est une grande armée qui se suicide"), la polémique s’empare vite du roman: adulé par les soldats qui s’y retrouvent, décrié par le public de l’arrière, Le Feu obtient finalement le prix Goncourt 1916, quelques jours seulement après sa parution.

Véritable témoignage d’époque, peinture bouleversante d’une guerre vue du front, Le Feu est aujourd’hui considéré comme l’une des toutes premières œuvres littéraires de la Grande Guerre.

Roland Dorgelès, Les Croix de bois (1919)

Jacques, Gilbert, Sulphart, Bouffioux et Bréval sont les cinq héros des Croix de bois , de Roland Dorgelès (1885-1973). Dans la trempe du Feu de Barbusse, bien que moins engagé, l’œuvre de Dorgelès ambitionne de conter le quotidien des cinq soldats avec réalisme et férocité, humanité et tendresse. Un portrait de référence à la compréhension de ce qui se passait là-bas, sur le front, dans les tranchées: "Devant moi, un homme blessé laissa tomber son fusil. Je le vis vaciller un instant sur place puis lourdement, il repartit les bras ballants, et courut avec nous, sans comprendre qu’il était déjà mort."

Bien que le roman remporte un franc succès, il ne remporte pas le prix Goncourt qui revient à six voix contre quatre à Proust pour son célèbre À l’ombre des jeunes filles en fleurs . Un choix qui irrite les rescapés de la sale guerre, qui s’insurgent déjà d’être oubliés! En lieu et place, Les Croix de bois reçoit le prix Femina 1919.

Ernst Jünger, Orages d'acier (1920)

Avec Orages d’acier , le lecteur est loin des pacifiques ouvrages de Barbusse et Dorgelès, loin s’en faut: Ernst Jünger (1895-1998), militaire allemand nationaliste, célèbre la guerre et exalte le sacrifice. Souvenirs et réflexions sur la guerre, au travers des pages la guerre s’avère une nécessité. Mourir pour la patrie, quel honneur! "L’homme au coup dans le ventre, un tout jeune garçon, était couché parmi nous et s’étirait presque voluptueusement, comme un chat aux rayons tièdes du couchant. Il passa du sommeil à la mort avec un sourire d’enfant."

Dans les premiers temps, l’œuvre ne trouve pas son public et Jünger le publie à compte d’auteur. Ce n’est que par la suite, avec la célébrité naissante de l’auteur, qu’ Orages d’acier est reconnu comme un témoignage essentiel de la Grande Guerre; en attestent les dires de l’écrivain français, André Gide: " Orages d’acier est incontestablement le plus beau livre de guerre que j’ai lu, d’une bonne foi, d’une honnêteté, d’une véracité parfaite".

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