La Première Guerre mondiale, une guerre totale

La Grande Guerre requiert une véritable mobilisation industrielle, financière, culturelle et sociale. C'est toute la société qui entre en guerre.
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Durant les quatre années que dure la Première Guerre mondiale, un phénomène nouveau se produit. Désormais, la victoire n'est plus seulement une question d'hommes et de matériel comme jadis, lors des guerres napoléoniennes, mais aussi de mobilisation industrielle, financière, culturelle et sociale. Ainsi, c'est toute la société qui se trouve mobilisée dans la guerre, l'arrière autant que l'avant, les femmes et les enfants autant que les hommes, d'où le nom de «guerre totale».

La mobilisation industrielle durant la Première Guerre mondiale

Parce que la guerre artisanale d'antan a laissé place à l'artillerie lourde, et que la guerre s'avère plus longue que prévu, l'industrie connaît un véritable essor durant toute la période du conflit. Des 50 000 ouvriers travaillant dans les usines d'armement en 1914, la France passe à plus de 1,7 million en 1917 – soit une main-d'œuvre 35 fois supérieure. Pour ce faire, la défense nationale sollicite les femmes, les blessés de guerre – ceux qui ne peuvent retourner sur le front – et les colonisés de pays tels que le Sénégal ou l'Algérie.

La production d'obus est, quant à elle, multipliée par vingt en trois ans. En 1918, la France utilise plus d'un million d'obus par jour lors de ses offensives.

Femmes et enfants mobilisés pour la Première Guerre mondiale

Dans les usines où elles enfilent le tablier de «munitionnettes» ou dans les champs à user leurs mains délicates, les femmes subissent une véritable conversion afin de remplacer les millions d'hommes envoyés au front. Tantôt chefs d'équipes dans les chemins de fer, tantôt porteuses de journaux ou encore bagagistes, la France malmenée a plus que jamais besoin de ces femmes hantées par la mort d'un père, d'un fils ou d'un frère.

Les enfants, eux-mêmes, ont leur place dans cette guerre qui semble ne plus finir. Non seulement ils justifient le départ au front du père, mais ils sont de plus mobilisés pour «représenter l'unité sociale de la France». À cet effet, l'éthique est balayée, et on leur apprend les leçons patriotiques, on diffuse leurs minois attendrissants dans la presse, on militarise leurs jeux, etc.

L’économie en temps de guerre est militarisée

Si la guerre se fait avec des hommes, elle se fait aussi avec de l'argent . De 1914 à 1918, c'est toute la richesse du pays qui va être engloutie sur les champs de bataille. Pour ce faire, le gouvernement en appelle aux épargnes amassées par les braves Français et va notamment:

  • augmenter les impôts directs (sur le revenu) et les impôts indirects (alcool, tabac, etc);
  • invoquer le patriotisme d'acheter les bons du trésor, rebaptisés «bons de la Défense nationale»;
  • lancer de grands emprunts nationaux sur base d'un slogan choc: «Ils donnent leur sang, donnez votre or!»
  • appeler à l'emprunt international auprès de la Grande-Bretagne et des États-Unis.

La censure durant la Première Guerre mondiale

Malheur à ceux qui oseraient penser autrement et s'opposer à la volonté de la mère patrie. Les pacifistes et les rebelles, la France n'en veut pas. Le système de la censure, baptisé Anastasie , est mis en place dès le 5 août 1914. Les autorités encouragent alors les organes de presse à entrer dans le jeu de l'Union sacrée: afin de maintenir le moral des Français, le mensonge patriotique prime sur l'effroyable vérité. L'adage disait donc vrai: «la vérité est la première victime de la guerre».

Même la correspondance entre l'arrière et le front y passe, et ce sont des centaines de milliers de lettres qui sont passées au crible chaque semaine par le Grand quartier général. Toujours dans ce même souci, dit-on, «de maintenir le moral des Français» face à une guerre sans précédent, une «guerre totale».

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