La vie dans les tranchées durant la Première Guerre mondiale

Le quotidien des tranchées de la Première Guerre mondiale : de ses origines à la nourriture partagée, en passant par la lecture des lettres et les corvées.
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Les tranchées, symboles de la Grande Guerre, n'ont pas seulement changé la guerre, elles ont aussi changé les hommes. Dans ces couloirs de la mort, il faut tenir, les deux pieds dans la boue, subir les bombardements, le froid, la peur, la mort. S'y dessine toute l'horreur de la guerre, mais aussi la fraternité de ces hommes que l'on envoie mourir pour la patrie.

À l'origine des tranchées de la Première Guerre mondiale

Pour tenir face à l'artillerie ennemie et aux bombardements, les hommes s'enterrent. À la pelle, à la pioche et parfois même à la main, pourvu qu'ils évitent les balles ennemies et les éclats d'obus. Ainsi, dans la terre ou la boue, les soldats logent péniblement à deux ou trois dans l'esquisse des tranchées bien connues de la guerre.

Progressivement, ces trous sont reliés les uns aux autres par des boyaux de communication couverts de branches et de terre ; et bientôt, le soldat peut avancer debout dans des trous plus creusés et, donc, plus sécurisés. Au fil de la guerre, naissent ainsi près de dix mille kilomètres de tranchées du côté français.

La nourriture dans les tranchées de la Grande Guerre

« Plus que pour tout autre homme, l'estomac et la digestion sont pour le soldat un domaine familier. Il en tire les trois quarts de son vocabulaire et l'expression de la joie la plus intense ou celle de l'indignation la plus profonde », À l'ouest rien de nouveau , Erich Maria Remarque.

700 grammes de pain, 500 grammes de viande (la « barbaque » disent les hommes), 100 grammes de légumes (les fameux « fayots »), du café, du lard pour la soupe, et un verre de pinard « remboursable ». Telle est la ration quotidienne du soldat français. Livrée à l'arrière du front par des autobus parisiens, puis acheminée de l'arrière au front par les cuisiniers ou les volontaires, il est fréquent que le ravitaillement ne parvienne jamais ou alors amputé d'une grand partie déversée sur le sol lors des bombardements. Dès lors, les soldats peuvent toujours puiser dans leur réserve : quelques biscuits durcis et du corned-beef en boîte, qu'ils appellent du « singe ».

Les corvées et revues dans les tranchées de la Grande Guerre

Il faut attendre le deuxième trimestre 1917 pour que les soldats bénéficient d'un repos complet de trois ou quatre jours. En attendant, comme le souligne Remarque dans À l'ouest rien de nouveau : « C'est une loi inéluctable : il faut que toujours le soldat soit occupé ». Pour ce faire, les corvées et les besognes ne manquent pas :

  • transport du ravitaillement et corvée de soupe, de l'arrière au front,
  • terrassement et enterrement des cadavres,
  • tours de gardes et de veilles,
  • chasser les rats nombreux,
  • distribuer le courrier, etc.

Les lettres et la correspondance dans les tranchées de la Grande Guerre

L'heure des lettres ! L'heure sacrée et silencieuse où chaque homme, dans son coin, découvre les mots, le colis de son épouse ou d'un proche. Entre bonheur et nostalgie, non sans douleur, la lecture des lettres constitue chez le soldat un moment privilégié, l'instant où, pour quelques minutes seulement, il redécouvre sa vie d'avant.

« Maintenant qu'il avait sa lettre dans la poche, il n'était plus pressé de la lire, il ne voulait pas dépenser toute sa joie d'un seul coup. Il la goûterait à petits mots, lentement, couché dans un trou, et il s'endormirait avec leur douceur dans l'esprit. » Roland Dorgelès, Les Croix de bois (1919)

En réponse à celles-ci, les lettres des soldats foisonnent elles aussi d'affection: il est urgent de dire que l'on s'aime. Demain, il sera peut-être trop tard. Puis, à distance, on donne aussi des directives pour tenir la ferme ou la boutique. « Un pied dans la tranchée, un pied dans la ferme », écrit le soldat Benjamin Cariou.

Les tranchées, symbole de la Première Guerre mondiale

Dans ces tranchées, quand l'heure n'est pas à la corvée, on attend. On attend encore. On écrit une lettre à sa dulcinée, on la relit, la peaufine. On fabrique des objets avec des douilles, on les montre aux copains. Puis, entre l'heure de la soupe et la chasse aux rats, sonne le glas de la bataille. On n'en revient jamais indemne, ou vivant. Blessé à la poitrine, aux jambes, à la tête... Rien n'est pire blessure que le souvenir des camarades tombés, et de ces mois, ces années ensemble, à sillonner les dédales de la Grande Guerre.

Sources :

Louis Maufrais, J'étais médecin dans les tranchées (2008), Éditions Robert Laffont

André Loez, L a Grande Guerre (2010), Éditions La Découverte

Jean-Yves Le Naour, La Première Guerre mondiale pour les Nuls (2008), Éditions First

















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