L'argent, le nerf de la Première Guerre mondiale

La Grande Guerre coûte près de 1000 milliards de francs. Pour faire face au manque d'argent, la France en appelle aux donateurs nationaux et internationaux.
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Faire la guerre a un coût, et pas seulement en vies humaines, mais aussi en argent. Que va coûter la guerre? Et comment la financer? Selon les économistes français, il faut prévoir un coût global de 15 à 20 milliards de francs. Au-delà, la France ne pourra pas suivre.

En réalité, la guerre sera plus longue et plus coûteuse – beaucoup plus – que les prévisions faites par les économistes. La guerre coûtera au total près de 1000 milliards de francs, soit cinquante fois plus que les 20 milliards de francs anticipés. Dès l'été 1914, face à l'énormité des besoins, les gouvernements se font attribuer des pouvoirs spéciaux afin de couvrir les dépenses nécessaires au conflit.

Les impôts directs et les impôts indirects du Français

La manière la plus simple de trouver de l'argent consiste avant tout à augmenter les impôts. Tout d'abord, et surtout, avec le relèvement des impôts indirects, taxes sur la consommation sur le tabac, l'alcool et l'alimentation, pour ne citer que ceux-là.

À contrario, le gouvernement ne relève pas les impôts directs au début de la guerre. En effet, il se garde d'ajouter au sacrifice des Français le sacrifice des fortunes privées. De plus, l'impôt sur le revenu vient à peine d'être voté le 15 juillet 1914 au Sénat, et sa mise en œuvre étant trop lourde, il faudra attendre le 1er janvier 1916 pour que la loi soit appliquée.

Les bons de la Défense nationale rapportent près de 50 milliards de francs

À la veille de la Grande Guerre, avec 45 milliards de francs placés à l'étranger, la France apparaît comme le banquier du monde – et les Français, de très bons épargnants. Une immense épargne que le gouvernement français convoite pour ses dépenses militaires. Pour ce faire, une intense propagande est lancée dans les journaux afin que les Français – ces braves épargnants – achètent des bons du Trésor, rebaptisés pour l'occasion "bons de la Défense nationale".

Avec leur taux d'intérêt de 5% à court terme, ces "bons de la Défense nationale" rassurent les particuliers et récoltent une part importante de l'épargne. De plus, acheter les "bons de la Défense nationale" est avant tout un "geste patriotique" comme le souligne la propagande. En témoignent de nombreuses affiches et cartes postales d'époque: "On les aura! Souscrivez aux bons de la Défense nationale", lance un poilu, fusil à la main, sur l'une de ces célèbres cartes postales. Une escroquerie notoire qui rapporte près de 50 milliards de francs à la Défense nationale.

L'emprunt de la Défense nationale rapporte 55 milliards de francs

Parallèlement, le gouvernement lance de grands emprunts nationaux, à plus longue échéance que les bons de la défense, mais toujours à des conditions plus qu'avantageuses: 5% d'intérêts exemptés d'impôt.

À grands coups de propagande invoquant le patriotisme ("Ils donnent leur sang, donnez votre or"), ces emprunts font l'objet de quatre émissions: en novembre 1915 (plus de trois millions de Français y souscrivent), en octobre 1916, en novembre 1917, et en novembre 1918. Ils rapportent au total près de 55 milliards de francs. C'est que le gouvernement a mis les bouchées doubles pour se garantir un capital "rassurant":

L'endettement extérieur: les États-Unis et la Grande-Bretagne principaux créditeurs

Les impôts, les bons et les emprunts de la Défense nationale... Ce n'est pas suffisant et, très vite, la France en appelle à l'emprunt international, notamment auprès de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Les Britanniques fournissent au total 13 milliards de francs à la France, de 1914 à 1918. Les États-Unis, jeune nation en pleine croissance, ne prêtent pas plus de 3 milliards de francs entre 1914 et 1916, craignant la victoire de l'Allemagne. Mais lorsqu' ils prennent part à la Grande Guerre, en 1917 , Washington apporte sa caution à la France et verse l'équivalent de 13 milliards de francs de 1917 à 1918.

Immanquablement, la Grande Guerre marquera un tournant décisif pour l'économie nationale et internationale de la France. Car il faudra bien s'acquitter de ses dettes. Une dette publique qui avoisine les 200 milliards en 1919. Celle de l'Allemagne est, quant à elle, multipliée par 28. "Le Boche paiera !", se rassurent les Français. Mais comment faire payer un pays plus appauvri, encore, que le sien?

Sources :

Demory & Co, L'Encyclopédie de la Grande Guerre , Éditions E/P/A-Hachette Livres, 2008.

André Loez, L a Grande Guerre (2010), Éditions La Découverte

Jean-Yves Le Naour, La Première Guerre mondiale pour les Nuls (2008), Éditions First

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