Le jour où les États-Unis prirent part à la Grande Guerre

Le 2 avril 1917, les États-Unis d'Amérique entrent en guerre aux côtés des Alliés. Le 13 juin 1917, les premières troupes américaines débarquent en France.
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La participation des États-Unis au conflit va transformer la Grande Guerre, et la participation à la Grande Guerre va transformer les États-Unis. Près de deux ans et demi après le début des hostilités en Europe, le président américain Wilson et le Congrès votent l'entrée en guerre. Tant en France qu'en Angleterre, cette décision provoque un enthousiasme extraordinaire: les "Sammies", c'est ainsi que l'on désigne les soldats de l'oncle Sam, sont attendus comme les sauveurs de cette longue, trop longue guerre.

Les États-Unis et son président face à la Première Guerre mondiale

L'entrée en guerre des États-Unis n'est pas vraiment une surprise. Pourtant, ce n'est pas sans une certaine réticence qu'en avril 1917, le président démocrate Woodrow Wilson prend la décision de voter l'entrée en guerre des États-Unis – lui qui, un an plus tôt, était réélu de justesse sur son slogan de campagne "He kept us out of war" ("Il nous a épargné de la guerre"). Mais il n'a plus guère le choix, face à la menace allemande :

  • En janvier 1917, l'Allemagne déclare la guerre sous-marine: tout navire américain à destination des Alliés (Royaume-Uni, France, Russie) sera coulé (1).
  • En mars 1917, l'Allemagne envoie un télégramme au Mexique lui promettant la restitution du Texas, du Nouveau-Mexique et de l'Arizona s'il se rallie à sa cause. Le télégramme dit "de Zimmermann" est intercepté par les Britanniques et transmis aux Américains.

Le 2 avril 1917, le président Wilson vote l'entrée en guerre devant le Congrès

"Nous devons lutter pour la paix du monde et la liberté de ses peuples, y compris celle du peuple allemand. [...] Le droit est plus précieux que la paix. Le jour est venu où l'Amérique doit verser son sang et utiliser sa puissance pour les principes qui l'ont fait naître." Discours du président démocrate devant le Congrès, le 2 avril 1917.

Relayé par la presse, le discours du président Wilson appelle à la mobilisation des citoyens américains pour défendre la liberté et la démocratie contre le militarisme allemand. De 18 à 45 ans, vingt-quatre millions d'Américains sont en âge de porter les armes. Trois millions d'entre eux seront enrôlés après l'instauration du service militaire obligatoire (Selective Service Act) , institué le 18 mai 1917. Pour autant, Wilson insiste pour que les États-Unis soient considérés comme une puissance "associée" plutôt qu'"alliée", et ce afin de préserver une certaine distance morale.

Le 13 juin 1917, les premières troupes américaines débarquent à Saint-Nazaire, en France

Après une traversée de l'Atlantique exécutée dans le plus grand secret à bord du Baltic , les premiers soldats américains débarquent à Saint-Nazaire, sur les côtes ouest de la France. Conduits par le général Pershing, ils récoltent les honneurs d'un défilé aux couleurs américaines, le 4 juillet, dans les rues de Paris. Ils sont jeunes, décontractés et coiffés d'un chapeau comme ceux que portent les cow-boys du Far West . Les jeunes filles succombent à leur charme et la langue de Shakespeare connaît un véritable essor dans l'Hexagone.

"Lafayette, nous voici", lance le général Pershing à la foule agitée. Les voici, oui, mais au compte-gouttes. En effet, les "Sammies", qui ne connaissent que la guerre de mouvement et ignorent tout des tranchées, sont d'abord dirigés vers des camps d'entraînement. Ainsi, ils sont 80 000 à débarquer en France en octobre 1917, 140 000 en décembre, 1 million en juillet 1918 et près de 2 millions en novembre 1918, quand retentit l'armistice. Au final, ce sont cent soixante mille soldats américains qui ont payé de leur vie la contribution des États-Unis à la victoire finale.

Les États-Unis, unique vainqueur de la Première Guerre mondiale

La concurrence européenne balayée par la guerre, les États-Unis voient leur commerce extérieur s'envoler. Le PNB a doublé depuis 1913, le stock d'or américain atteint la moitié du stock d'or mondial, le dollar n'est plus une monnaie fragile mais une monnaie internationale, et la flotte américaine, qui ne dépassait alors pas celle de la Norvège en 1913, est désormais la deuxième du monde, derrière la Royal Navy. Avec 10 milliards de dollars prêtés aux Alliés, les États-Unis deviennent les nouveaux banquiers de la planète. On change d'époque, et le visage du XXe siècle se dessine...

Notes :

(1) Dès le début du conflit, les Allemands misent sur la guerre sous-marine et coulent tout ce qui flotte avant de se faire taper sur les doigts par Wilson, le 13 mai 1915, après le torpillage du paquebot Lusitania . Dès lors, Guillaume II rassure Wilson au mois de juin suivant et donne un coup d'arrêt à la guerre sous-marine. On ne pourra plus couler que des navires militaires. En février 1916, l'amiral allemand Tirpitz relance discrètement les torpillages mais devant la colère américaine, Guillaume II lui interdit toute initiative.

Sources :

Demory & Co, L'Encyclopédie de la Grande Guerre , Éditions E/P/A-Hachette Livres, 2008.

Winter & Baggett, Le Grand Bouleversement , Presses de la Cité, 1997.

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