Le lundi perdu, ou lundi parjuré : une tradition tournaisienne

Le lundi perdu, ou lundi parjuré, est une tradition vieille de 700 ans qui se déroule le lundi suivant l'Épiphanie et que l'on retrouve notamment à Tournai.
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Le lundi perdu, ou lundi parjuré, est une fête traditionnelle qui se déroule le lundi suivant l'Épiphanie, fêtée le 6 janvier et célébrant la visite des mages à l'enfant Jésus. Une tradition que l'on retrouve à Tournai, en Belgique, mais aussi dans les villes de Lille et de Douai, dans le nord de la France. Retour sur cette tradition vieille de plus de 700 ans qui met le lapin à l'honneur sur les tables, et le tirage des «billets des Rois» au centre des activités.

Le lundi perdu, ou lundi parjuré: une tradition qui date du Moyen Age

La tradition du lundi parjuré remonte loin dans le temps, des écrits du moine Gilles Li Muisis, alors abbé de Saint-Martin à Tournai , en font mention dès 1281. Selon l'homme, les seigneurs organisent le lundi suivant l'Épiphanie des tribunaux géants auxquels est conviée la population. Durant ces «plaids généraux», qui se déroulent alors sur la place publique ou dans le cimetière, la population est tenue de dénoncer les crimes ayant échappé aux autorités. Puis, à l'issue de cette journée, les seigneurs organisent un grand repas auquel les manants sont invités, moyennant paiement.

Si le terme «lundi parjuré» reste quelque peu obscur, celui de «lundi perdu», plus récent, est simple: le jour de ces tribunaux, on ne travaille pas. En effet, pour célébrer cette journée et y participer, on prend un congé sans solde, soit un «lundi perdu».

Coutume du lundi perdu: «tirer les rois» en début de repas

La coutume, lors de ces dits repas, est de «tirer les rois» – une tradition qui traversera les siècles pour ne jamais disparaître complètement dans l'esprit des Tournaisiens. En début de repas, sur un air de J'ai du Mirliton , cette coutume veut que les convives – à commencer par les personnes plus âgées – tirent les «billets du Roi» attribuant à chacun un rôle déterminé. Ainsi:

  • chaque fois que le Roi prend son verre et boit, les convives doivent boire à leur tour;
  • le Fou du Roi, quant à lui, s'assure du bon déroulement du jeu;
  • le Verseur s'assure que les verres sont bien remplis, etc.
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Le menu du lundi perdu, ou lundi parjuré: le lapin aux pruneaux

Le jour de ces tribunaux extraordinaires, il est de coutume de manger du lapin – du chat quand les moyens financiers n'y sont pas ( pendant la Première Guerre mondiale par exemple).

Près de 700 ans plus tard, la coutume bat plus que jamais son plein dans la région tournaisienne, et le lapin aux pruneaux et aux raisins , précédé de la petite saucisse à la compote et suivi d'une salade tournaisienne dégustée en famille, connaît un véritable succès en ces mois de janvier. À un tel point qu'il n'est pas rare que dans l'expression populaire, «lundi perdu» devienne «lapin perdu» – ou quand l'Histoire perpétue ses rites ancestraux.

Notes :

[1] Le Confesseur, le Conseiller, le Cuisinier, l'Écuyer tranchant, le Fou du Roi, le Laquais, le Médecin, le Ménétrier, le Messager, le Musicien, le Portier, le Roi, le Secrétaire, le Suisse, le Valet de Chambre, le Verseur.

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