Les chansons de la Première Guerre mondiale

Patriotiques ou contestataires, de nombreuses chansons ont bercé les soldats durant la Grande Guerre. Parmi elles, la Madelon et la Chanson de Craonne.
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Nombreuses sont les chansons qui ont circulé durant la Première Guerre mondiale. Tantôt guerrières et patriotiques, tantôt amusées ou contestataires, elles ont longtemps bercé le quotidien des poilus.

Aujourd'hui, près d'un siècle après le début des hostilités, rares sont celles qui ont survécu à l'oubli, cruel compagnon de route du temps passant. La Madelon et La Chanson de Craonne sont de celles qui n'ont pas quitté la mémoire collective. Pour les autres, sinon des mélodies oubliées, il en reste quelques refrains sur le papier jauni.

La Madelon, la plus célèbre des chansons de la Grande Guerre

Écrite par Louis Bousquet sur une musique de Camille Robert, La Madelon a été écrite en 1912 par deux chansonniers : Bach et Polin. Après plusieurs interprétations, la chanson ne recueille pas le succès escompté et Bach la retire de son répertoire. Lorsque éclate la guerre, les chansonniers sont appelés à motiver les troupes dans les théâtres aux abords du front. Bach ressort alors la Madelon qui, contre toute attente, remporte un franc succès auprès des soldats.

Très vite, les couplets pleins de charme sont repris en chœur par les poilus. Dans les marches, au cœur des tranchées et à l'arrière, les hommes reprennent: «Un caporal en képi de fantaisie / S'en fut trouver Madelon un beau matin / Et fou d'amour, lui dit qu'elle était jolie / Et qu'il venait pour lui demander sa main...»

Lors de la vingtième célébration du 14 juillet à Paris, en 1939, Marlene Dietrich reprendra la désormais célèbre Madelon qui, en 1955, inspirera le film du même titre de Jean Boyer.

Les chansons de la Grande Guerre, inspirées des chants populaires

Du front à l'arrière, comme de l'arrière au front, d'un régiment à un autre, les chants se diffusent vite. Que ce soient par le biais des journaux ou des cartes postales, ou encore du bouche à oreille, leur diffusion est plutôt bien accueillie par l'Etat major: chanter, c'est bon pour le moral des troupes!

Très souvent, les strophes chantées s'invitent sur d'anciens airs populaires. Ainsi, Au Clair de la lune (XVIIIe siècle) devient la Lettre de Guillaume II à son épouse , et Ma Petite Tonkinoise (1898) se métamorphose en Ma p'tite Mimin ma p'tite mimi, ma mitrailleuse . La chanson paillarde Plantons la vigne (XVIe siècle) devient, quant à elle, la très explicite Crève aux Boches .

Parmi ces nombreuses adaptations de circonstance, citons les célèbres chansons bretonnes de Théodore Botrel mises au goût du jour par lui-même: Rosalie à la gloire de la redoutable baïonnette, La Marche des poilus sur l'air bien connu des Pioupious d'Auvergne , ou encore C'est ta gloire qu'il nous faut en lieu et place de C'est à boire qu'il nous faut . Il y en a pour tout le monde et pour tous les goûts: ainsi, Le Petit Paquet vante le patriotisme des Françaises.

Les chansons en temps de guerre, surveillées et censurées

Au même titre que la presse et la correspondance , les chansons en temps de guerre font les frais de la censure. Pas question de chanter tout et n'importe quoi: il ne faut en aucun cas porter atteinte au moral des civils ou à celui des soldats. Pour ce faire, aucune chanson ne pourra être officiellement publiée sans le fameux sésame, le visa de la censure. Toutefois, certaines chansons contestataires, écrites par les poilus, parviennent à circuler sous le manteau...

La contestataire Chanson de Craonne

La Chanson de Craonne appartient à ces chansons souterraines qui font leur apparition en 1917, écrites par des soldats harassés par la longue guerre . Sur une musique de Bonsoir M'amour (1911), elle est composée en avril 1917, sur le meurtrier plateau de Craonne. Son succès sur les fronts est tel que le haut commandement offre une prime et la démobilisation à qui dénoncera l'auteur.

La chanson aux strophes poignantes – «Ceux qu'on le pognon, ceux-là reviendront/Car c'est pour eux qu'on crève/Mais c'est fini, car les trouffions/Vont tous se mettre en grève» – restera interdite en France jusqu'en 1974. L'auteur, quant à lui, restera à jamais anonyme, jamais dénoncé par ses pairs.

Sources :

Demory & Co, L'Encyclopédie de la Grande Guerre , Éditions E/P/A-Hachette Livres, 2008.

Chavot & Morenne, L'ABCdaire de la Première Guerre mondiale (2001), Éditions Flammarion.

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