L'islamophobie, ou peur de l'islam : une réalité en France

Depuis plusieurs années, l'islamophobie se répand en France et dans le monde occidental. Chiffres, facteurs, débats : retour sur ce phénomène de société.
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Si le terme « islamophobie » n'est pas nouveau – déjà en 1910 Alain Quellier l'employait dans La politique musulmane dans l'Afrique Occidentale Française – il semble ne s'être jamais « aussi bien porté » que ces dernières années, enhardi par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et, en France, par l'affaire Merah. Et ce ne sont pas les récents sondages dévoilés par l'Ipsos qui vont égayer ce constat : in fecto , 43% des Français interrogés considèrent l'islam comme une « menace ».

Tenaillé par la crainte et la haine, sur fond de problème identitaire, l'islamophobie est une réalité en France et dans de nombreux pays occidentaux. Mais finalement, qu'est-ce que l'islamophobie ?

Débat sur l'islamophobie en France et dans le monde

Étymologiquement, « islamophobie » est formé du mot « islam » et du suffixe « phobie », traduisez « la peur de la religion islamique ». Dans la réalité, toutefois, les faits sont tout autres et la définition va plus loin, comme le déclare l'ancien directeur du MRAX, Didier Delaveleye : « ce terme s'est imposé aujourd'hui pour désigner l'hostilité spécifique vis-à-vis de la population de religion ou d'origine musulmane. » Et le Conseil de l'Europe d'abonder : « cette critique ne s'adresse pas tant à l'islam en tant que tel qu'à l'intégrisme musulman. »

Ainsi, alors que certains mouvements et institutions occidentaux l'utilisent – relayés par les médias, d'autres tels que la Ligue française des droits de l'homme considèrent son usage comme problématique : « certains courants intégristes tentent d'obtenir la requalification du racisme anti-maghrébin en islamophobie [...] pour faire du religieux le critère absolu de différenciation », fustige le CNCDH [1]. Assurément, il n'est pas démesuré de constater qu'une partie de l'opinion publique identifie l'islam aux Arabes. D'où cette question dérangeante : l'islamophobie, une forme de racisme ? La question continue de faire débat.

L'islamophobie en France en quelques chiffres

Une récenteétude menée par l'Ipsos et publiée le 24 janvier dans Le Monde fait état d'une perception de plus en plus négative à l'égard de l'islam en France et nous révèle des chiffres en constante augmentation :

  • 43% des Français sondés considèrent l'islam comme une « menace pour l'identité du pays » ;
  • 60% déplorent que l'islam ait désormais « trop d'importance » en France, contre 55% il y a deux ans ;
  • 74% estiment que l'islam est une religion « intolérante » ;
  • 63% d'entre eux sont opposés au port du voile dans la rue, contre 33% en 1989 ;
  • 18% seulement se disent favorables à la construction des mosquées, ils étaient 33% en 1989.

Quelles sont les causes de l'islamophobie en France ?

L'islam en France, c'est entre 5 à 6 millions de musulmans pratiquants et environ 2200 lieux de culte, les mosquées. Une visibilité accrue au fil des dernières années qui témoigne de son enracinement dans l'Hexagone ; ainsi le souligne Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l'Ipsos : « ces dernières années, il n'est pas une semaine sans que l'islam [...] n'ait été au cœur de l'actualité. Cette caisse de résonance permanent conduit à une prise de conscience très fort qui n'a peut-être jamais été atteinte à ce point. » Les médias français sont pointés du doigt, et la crainte de l'islamisation des modes de vie cristallise l'islamophobie.

Une crainte sur fond de crise économique pour laquelle la France ne semble pas trouver d'issue, mais bien un « coupable » dans l'esprit de nombreux Français : l'islam « s'acharnant à montrer d'elle-même une position jusqu'au-boutiste, [s'exposant ainsi] à être le meilleur candidat dans le rôle du grand méchant », réagit Abdennour Bidar, spécialiste de l'islam et de la laïcité [2].

Pour Charles Consigny, chroniqueur à Le Point , « c'était à prévoir : on ne fait pas entre 200 000 personnes par an sur un territoire donné sans heurts. Il en découle un bouleversement démographique dont le produit [...] sera peut-être un changement de civilisation. » Mais en attendant, la France – fille aînée de l'Église depuis près de neuf siècles, ayant peu à peu laissé place à la laïcité de droit – ne semble pas prête au multiculturalisme ... et se revendique de l'identité nationale.

Sources :

  1. Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme ( site internet ).
  2. Abdennour Bidar est l'auteur de nombreux articles et tribunes, mais aussi d'ouvrages tels que Comment sortir de la religion (La découverte, 2012) ou encore L'islam sans soumission, pour un existentialisme musulman (Albin Michel, 2008).

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