Manger des insectes, une solution à la faim dans le monde?

Bon marché, saine, écologique, la consommation d'insectes est le quotidien de près de 2,5 milliards d'individus à travers le monde. Qu'en est-il en Europe ?
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Le constat est alarmant : selon son dernier rapport démographique , la FAO estimait en 2009 qu'il y aurait 2,3 milliards de bouches supplémentaires à nourrir d'ici quarante ans, ce qui représente une augmentation de la production alimentaire de 70% – soit un milliard de tonnes de céréales et plus de 200 millions de tonnes de viande en plus chaque année. Afin de remédier à d'évidentes lacunes alimentaires, de nombreuses solutions sont d'ores et déjà avancées. Parmi elles [1], la consommation d'insectes.

Les insectes, un véritable concentré de protéines

Fourmis à grosses fesses ou aux champignons, sucettes au scorpion ou encore larves de bambous, il existerait environ 1400 espèces d’insectes [2] consommées à travers le monde ; notamment en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud où, pour près de 2,5 milliards de personnes , se nourrir d’insectes fait partie intégrante du quotidien. Inversement en Europe et en Amérique du Nord, cet acte « primitif et répugnant, contraire aux mœurs alimentaires », relève encore du tabou.

Pourtant, si l’on en croit l’entomologiste Bruno Comby, « la proximité métabolique de l’homme avec les primates et la haute teneur en protéines des insectes militent en faveur de leur réhabilitation » [3]. En effet, ces derniers révèlent de véritables qualités nutritionnelles. Les protéines constituent, par exemple, 57% du poids d’un grillon jeune, 58% pour une sauterelle, 66% pour un ver de farine et 75% pour un ver à soie.

L’élevage d’insectes nécessite peu de ressources alimentaires

Qui dit population mondiale croissante dit production alimentaire croissante, et donc, une exploitation des ressources plus considérable, encore. Et avec, fatalement, la production de gaz à effet de serre, la déforestation et la dégradation de l’environnement. En cela, la consommation d’insectes s’avère une source alternative urgente puisque, selon le professeur Arnold van Huis , « la production d’un kilo d’insecte ne demande que deux kilos de végétaux contre dix pour un kilo de viande ».

En outre, la consommation d’espèces destructrices des cultures peut s'avérer une excellente alternative à l’emploi souvent décrié des pesticides. Comme en Papouasie où les hommes mangent les larves de scarabées s’attaquant à leurs sagoutiers (palmiers comestibles).

Le monde occidental face à la consommation d’insectes

Si la consommation d’insectes n’est pas, à proprement parler, courante dans les pays occidentaux, nous consommons des aliments qui, pour bien des ethnies, est tout aussi étrange : cuisses de grenouilles, escargots, moules, etc. Il existe donc une véritable barrière culturelle entre Européens et Nord-Américains d’une part – pour qui l'insecte est encore perçu comme quelque chose de sale, dégoûtant, voire nuisible –, et le reste du monde d’autre part.

L’histoire des Européens atteste pourtant de la consommation d’insectes : ainsi, dans l’Antiquité, les Grecs appréciaient les cigales, et les Romains les larves de scarabées, rappelle le site manger-insectes.fr . « Des gravures attestent qu’au Moyen Age, les cigales de Provence se vendaient à Paris pour l’alimentation humaine », informe quant à lui le fondateur du bien nommé Institut Bruno-Comby [3].

Enfin, l’ironie évoque le fait que l’homme ingurgite à son insu 500 grammes d’insectes en moyenne par an , dissimulés dans la confiture de framboise, la soupe ou encore le pain. Un premier pas vers une source de protéines bon marché, saines et écologiques ? C’est en tout cas le souhait de la FAO.

Notes :

  1. d'autres solutions sont envisagées telles que la consommation de plancton, les nano-aliments, la cuisine moléculaire ou encore les fruits oubliés d'Amazonie ( Usbek & Rica , printemps 2011)
  2. ne concerne ni les arachnides ni les gastéropodes (escargots, limaces, etc.)
  3. Bruno Comby, Délicieux insectes, les protéines du futur , Éditions Jouvence, 1989.
Manger des insectes pour protéger la planète

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