Pourquoi parle-t-on de miracle de la Marne ?

La bataille de la Marne est la première victoire des Alliés sur l'ennemi allemand. Une victoire qui lui vaudra le nom de «miracle de la Marne». Pourquoi ?
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Du 6 au 12 septembre 1914, plus d'un million et demi de soldats vont se livrer corps et âme à la bataille de la Marne , sur plus de 200 kilomètres. Au terme de ces sept jours et six nuits de conflits, les troupes françaises et britanniques portent un coup d'arrêt à la progression allemande, et le général Joffre peut expédier avec bonheur le message suivant au ministre de la Guerre : «La bataille de la Marne s'achève en victoire incontestable».

Pour autant, cette victoire ne serait pas qu'une question de détermination et de stratégie militaire, et très vite les Français vont parler d'intervention divine, de miracle : le «miracle de la Marne».

Le miracle de la Marne, une intervention de la sainte Vierge

Ils sont nombreux, des deux côtés du front, à témoigner de la présence de la Sainte Vierge lors de la bataille de la Marne. Ainsi, madame Tripet-Nizery, infirmière de 1914 à 1916, reçoit un blessé français qui lui aurait avoué : «Quand nous avons eu l'ordre de repartir en avant, une femme en blanc, devant la tranchée, nous entraînait». Ou encore un officier allemand, fait prisonnier : «Vous avez été étonnés de notre recul si subit quand nous sommes arrivés aux portes de Paris. Nous n'avons pas pu aller plus loin, une Vierge se tenait devant nous (...) Nous ne savions pas si c'était une de vos saintes nationales, Geneviève ou Jeanne d'Arc. Après, nous avons compris que c'était la Sainte Vierge qui nous clouait sur place».

Heureux hasard du calendrier : la retraite allemande commence le 8 septembre – le jour de la nativité de la Vierge. Il n'en faudra pas davantage pour alimenter la rumeur.

Une main dans le ciel de la Marne, le miracle de sainte Geneviève

Tandis que certains penchent sur Marie, d'autres lui préfèrent sainte Geneviève, la patronne de la capitale, dont les reliques ont été promenées en procession dans Paris durant toute la durée de la bataille. En effet, selon certains auteurs, comme Jacques Dubois dans Sainte Geneviève de Paris : la vie, le culte, l'art , les Allemands auraient reculé après l'apparition d'une main dans le ciel, qui ne va pas sans rappeler le miracle de sainte Geneviève face aux hordes d'Attila au Ve siècle.

Jeanne d'Arc au secours des Alliés

Après avoir bouté les Anglais hors de France en 1429, la Pucelle d'Orléans serait revenue pour repousser les Boches. Figure patriotique et religieuse du temps de guerre, elle serait apparue à de nombreux soldats français, au même titre que Marie ou Geneviève. Une Providence qui fait son bout de chemin : dès le 21 août 1937, une médaille est décernée aux anciens combattants de la Marne ; sur cette médaille en bronze, l'effigie de Jeanne d'Arc repose sur fond de drapeaux alliés.

Le «miracle de la Marne» , une expression signée Maurice Barrès

C’est finalement dans un article du 22 décembre 1914 suggérant d’instituer une fête nationale en l’honneur de Jeanne d’Arc que Maurice Barrès emploie pour la première fois l’expression «miracle de la Marne». Reprise à de nombreuses occasions, la formule est cependant contestée : elle paraît diminuer le mérite des soldats dont la détermination patriotique avait joué un rôle décisif. Ce qui ne l'empêchera pas de traverser toutes les années de guerre, pour nous parvenir aujourd'hui sur un plateau d'Histoire, nous rappelant que le paroxysme de la foi n'est pas si lointain.

Sources :

  • Jean-Yves Le Naour, La Première Guerre mondiale (2008), First Éditions.
  • Jean-Claude Demory and Co, L'Encyclopédie de la Grande Guerre (2008), éditions Hachette.

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