Première Guerre mondiale : la mobilisation en France

Le 1er août 1914, la mobilisation générale est décrétée en France. En quinze jours, près de quatre millions d'hommes seront enrôlés sous les drapeaux.

Samedi 1er août 1914. Il est 17 heures quand le tocsin retentit dans les villes et les villages de France. La mobilisation générale est décrétée et l’affiche tristement célèbre, qui appelle tout homme valide à rejoindre son corps, est placardée aux quatre coins du pays. «Ils s’en vont pour deux mois, disent-ils et ils reviendront pour faire les vendanges. Les femmes aussi sont plus courageuses, elles croient ce que disent les hommes» (Récit de l’instituteur de la commune de Barro). La guerre qui devait être courte, durera quatre longues années.

Vendredi 31 juillet 1914: « Ils ont tué Jaurès! »

La veille, le 31 juillet 1914, alors que le général Joffre fait pression pour que soit décrété l’ordre de mobilisation, le dirigeant socialiste Jean Jaurès est reçu par Abel Ferry, le sous-secrétaire d’État aux Affaires Étrangères. Le but de sa visite: arracher au gouvernement une action en faveur de la paix, plus que jamais menacée. Avant de se rendre à son bureau de l’Humanité , il rejoint quelques collaborateurs au Café du Croissant , rue Montmartre.

Il est 21h40 quand quelques cris retentissent: «Ils ont tué Jaurès! lls ont tué Jaurès!» s’écrie-t-on tandis que l’homme, étendu sur le sol, succombe sous les balles du nationaliste Raoul Villain . La paix, avec Jaurès, s’en est allée. Le lendemain, sa mort passe au second plan: le 1er août 1914, la France mobilise.

La mobilisation de 1914: la stupéfaction avant la résignation

Bien que les nouvelles des derniers jours n’annoncent rien de bon, la population de la campagne ne croit pas à la guerre. Aussi est-ce avec une véritable stupeur que les villageois apprennent l’ordre de mobilisation. Tout le monde se précipite vers la mairie. Devant les affiches, des femmes pleurent, certains hommes sont atterrés, d’autres paraissent prendre héroïquement la tournure des événements. D’autres, enfin, relativisent et rassurent: la mobilisation ne signifie pas la guerre.

À cette stupéfaction succède la résignation, comme l’écrira l’historien Marc Bloch dans Souvenirs de guerre (1914-1918) en 1915: «Les hommes pour la plupart n’étaient pas gais; ils étaient résolus, ce qui vaut mieux». Les cortèges qui sillonnent les Grands Boulevards parisiens au soir du 1er août ne réunissent que quelques milliers de personnes. Dans l’Homme libre , Georges Clemenceau livre ce bref témoignage: «Dans Paris, pas un cri, pas un mouvement de foule. Rien que la gravité d’une résolution».

Le 15 août, en France, quatre millions d’hommes sont touchés par la mobilisation. L’idée la plus répandue est que la guerre est inévitable et qu’elle sera brève: quelques semaines, voire quelques mois. La France, comme chaque nation engagée dans le conflit, a également ce sentiment d’être victime d’une agression, et ces soldats partent au front avec la conviction de défendre une cause juste.

Partis la fleur au fusil, les poilus de la Grande Guerre?

Sur les quais, femmes, parents et enfants saluent une dernière fois les millions d’hommes envoyés au front. «Nous mettons sac au dos et l’embarquement commence: il s’effectue avec calme et courage. Nous voilà installés, une minute après le train s’ébranle au milieu de cris et de pleurs» écrit Antoine Bieisse dans Plus d’espoir, il faut mourir ici !

Durant cette période, Paris fut sous pression. «Des détachements passaient, et chaque fusil avait droit à une fleur, et chaque soldat avait droit à un baiser. Les femmes devenaient molles à vue d’œil. Leurs robes ne pouvaient plus contenir leurs cœurs. Elles se sentaient mille devoirs d’amour» (Joseph Delteil, Les Poilus: épopée ) Pour autant, ces valeureux soldats – les Poilus – ne sont pas partis «la fleur au fusil», selon la formule du célèbre récit de Galtier-Boissière. Loin s’en faut!

Si certains sont excités de se jeter dans une aventure que beaucoup croient momentanée, «bouffer du Boche» «pour faire comme les copains», les Français dans leur majorité savent que beaucoup ne reviendront pas et les adieux sont difficiles. Alors, pour se donner du courage on fredonne le Chant du départ – «La République nous appelle/Sachons vaincre ou sachons périr/Un Français doit vivre pour elle/Pour elle un Français doit mourir» – on rit, on embrasse les femmes sur le bord de la route. Il faut bien se rassurer et partir en vainqueurs, mais au fond, rares sont ceux qui n’appréhendent pas cette guerre à venir. Et l’avenir ne pourra que leur donner raison.

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