Première Guerre mondiale : les ravages de la guerre chimique

C'est en avril 1915, à Ypres, que les Allemands lancent pour la première fois de l'histoire une attaque au gaz toxique. Une nouveauté de la Grande Guerre.
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Le 22 avril 1915, la guerre franchit un palier dans l'horreur et l'abominable avec la première attaque chimique à Ypres, en Belgique. La première d'une longue et douloureuse série.

Les Allemands lancent la première attaque chimique de l'histoire à Ypres, en Belgique

Il est 17 heures ce 22 avril 1915 lorsque les troupes allemandes lancent la première attaque au gaz toxique de l'histoire. Au nord d'Ypres, en Belgique, près de 180 tonnes de chlore sont ainsi libérées sur un front de six kilomètres. Porté par le vent, un nuage verdâtre se répand sur les tranchées de la 87e division française. La panique est immédiate, et les troupes françaises, belges et canadiennes sont contraintes d'abandonner leurs positions tandis que les Allemands, protégés par un tampon respiratoire, progressent.

"J'ai vu alors un nuage de couleur verte, haut d'environ dix mètres et particulièrement épais à la base, qui touchait au sol. Ce nuage avançait vers nous, poussé par le vent. Presque aussitôt, nous avons littéralement suffoqué. [...] Nous avons dû alors nous replier, poursuivis par le nuage", témoigne le lieutenant français Jules-Henri Guntzberger.

"Les hommes couraient comme des fous, allant au hasard, demandant de l'eau à grands cris, crachant du sang, quelques-uns même roulant à terre en faisant des efforts désespérés pour respirer", rapporte le colonel Mordacq. Ce jour-là, près de la moitié des hommes intoxiqués – entre 2 et 3000 – ne survivront pas.

Après l'enfer du gaz à Ypres, la course à l'armement chimique

Dans les pays de l'Entente, la presse et les dirigeants dénoncent une action criminelle, contraire à toutes les règles de la guerre et en contradiction avec les conventions de La Haye de 1899 . Pourtant, dès le 4 mai 1915, la Grande-Bretagne répond à l'Allemagne et adopte, elle aussi, cette "forme de guerre lâche", suivie des autres armées dont, notamment, la France.

Très vite, les Allemands passent à l'obus à gaz tandis que les Français inaugurent leur artillerie chimique lors de la bataille de Champagne, en septembre 1915. En janvier 1916, les Allemands emploient le phosgène, un produit suffocant, invisible et plus terrible que le chlore. Les Français répliquent alors avec de l'acide cyanhydrique en juin de la même année, et cherchent, comme toutes les armées en guerre, à élaborer un gaz toujours plus mortel pour l'ennemi.

En juillet 1917, les chimistes élaborent un gaz sans précédent : l'ypérite. Un nom donné en hommage à la ville d'Ypres, et que l'on surnommera "gaz à moutarde" pour son odeur piquante. L'ypérite est redoutable là où il contourne la défense des masques à gaz : il suffit d'avoir un espace de peau à découvert pour que l'empoisonnement soit immédiat, entraînant brûlures et douleurs aux yeux ainsi que des vomissements et des effets psychologiques importants. L'utilisation de tels gaz façonne une ère nouvelle dans l'art du conflit et de la guerre, et nombreux sont les soldats à s'insurger de tels procédés.

Adolf Hitler, rescapé du gaz à moutarde

Parmi les nombreuses victimes du "gaz à moutarde",se trouve le caporal Hitler. Lors de la nuit du 13 au 14 octobre 1918, les Anglais bombardent avec des obus à gaz la colline de Wervicq-Sud, à proximité de Lille. Le futur dictateur est gazé et aveuglé, il est finalement évacué et passe un mois à l'hôpital de Pasewalk avant de recouvrer la santé. Il s'en est fallu de peu pour que les Anglais, loin d'imaginer l'enjeu du bombardement, mettent fin aux jours de l'homme le plus redouté de la Seconde Guerre mondiale.

Le bilan des victimes de la guerre chimique

Au total, plus de 1 million de combattants ont été intoxiqués par les gaz, et plus de 90 000 en sont morts. Toutefois, si les gaz de combat n'ont été responsables que de 0,5% à 1% des personnes décédées durant la Grande Guerre, nombre de soldats intoxiqués moururent précocement après le conflit, ou devinrent les grands invalides de l'entre-deux-guerres.

C'est en hommage à ces hommes qu'est érigé le monument aux victimes de la première attaque par le gaz, à Steenstraat, près d'Ypres : "Depuis, il meurt encore chaque jour, dans la paix, des victimes de ces procédés abominables".

Sources :

Demory & Co, L'Encyclopédie de la Grande Guerre , Éditions E/P/A-Hachette Livres, 2008.

Site internet : La Guerre des Gaz

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