Presse et propagande durant la Première Guerre mondiale

Durant la Première Guerre mondiale, la censure et la propagande s'emparent de la presse française. Aucun journal ne sera épargné.
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Dès l'ouverture des hostilités, le 2 août 1914, l'établissement de l'état de siège sur tout le territoire français donne aux autorités militaires le droit de suspendre ou d'interdire toute publication périodique. Le système de la censure, baptisé Anastasie, est mis en place par le décret du 5 août 1914 . Les autorités encouragent vivement les organes de presse à jouer le jeu de l'Union sacrée: afin de maintenir le moral des Français, le mensonge patriotique prime sur l'effroyable vérité. N'en déplaise à la liberté d'expression...

Le 2 août 1914, la censure, baptisée Anastasie, s'empare de la presse française

Le Figaro, Le Temps, Le Petit Journal, Le Matin, Le Petit Parisien ... Aucun journal n'est épargné par la censure. Pour s'en assurer, un bureau de la presse est créé au ministère de la Guerre, à Paris, et contrôle les articles avant parution pour vérifier que ne s'y trouve des informations propices à l'ennemi ou des passages à caractère défaitiste. Interdiction est faite, notamment, de:

  • parler des stratégies militaires,
  • faire état du nombre de canons, avions, obus et autres attirails militaires français,
  • faire état du nombre de blessés, tués ou prisonniers,
  • attaquer le commandement,
  • exercer "une influence fâcheuse sur l'esprit de l'armée et des populations".

La censure et la propagande appellent au "bourrage de crâne"

Née dans les tranchées de la Grande Guerre, l'expression "bourrage de crâne" nous vient tout droit des valeureux poilus qui l'inventent pour dénoncer les absurdités lues dans la presse. En effet, censurés, mal informés, interdits sur le front... les journalistes doivent faire appel à leur imagination pour remplir leurs colonnes et nourrir la propagande: fausses interviews, informations erronées et autres mensonges en tout genre sont le quotidien de la presse française. Dès lors, il existe un véritable décalage, mal perçu par les soldats, entre les articles des journaux et la réalité vécue des tranchées. Difficile pour l'arrière de se faire une idée de l'horreur de la guerre.

Ainsi lit-on dans Paris-Midi , alors que la Belgique agonise: "En Belgique: vers un Waterloo allemand" ou encore, dans Le Matin du 15 septembre 1914: "Les éclats d'obus vous font seulement des bleus." La France comme tout autre pays en guerre conforte le vieil adage anglais qui veut que "la vérité soit la première victime de la guerre".

L'impact de la Première Guerre mondiale sur la presse française

Dès les premiers mois de la guerre, beaucoup de journaux disparaissent. Les autres, faute de rédacteurs, doivent réduire leur pagination. Hormis L'Écho de Paris , toutes les parutions ne comportent désormais plus que deux pages, contre quatre auparavant.

Réduction de l'approvisionnement en pâte à papier, pénurie de main-d'œuvre, etc., obligent à la hausse des prix de vente des quotidiens: le 1er septembre 1917, ils passent de 5 à 10 centimes. Cette hausse n'a pas d'impact sur la clientèle, chaque jour plus avide d'informations sur "cette guerre qui n'en finit pas". De nouveaux titres voient même le jour, soucieux de se démarquer de la propagande officielle et d'apporter des points de vue moins conformistes: Le Canard enchaîné de Maurice Maréchal, contestataire et délibérément contradictoire, Le Crapouillot (1915-1966) de Jean Galtier-Boissière, Le Mot (20 numéros) de Paul Iribe et Jean Cocteau, ou encore La Baïonnette (1915-1920), un illustré patriotique réunissant les meilleurs dessinateurs humoristes de l'époque. C'est qu'il en faut de l'humour et des rires pour sécher le sang et les larmes versés.

Sources :

L'Encyclopédie de la Grande Guerre (2008), Demory & Co, Éditions E/P/A-Hachette Livres

La Censure, militaire et policière, 1914-1918 (1999), Maurice Rajsfus, Le Cherche Midi Éditeur

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