Sans gouvernement depuis 233 jours : le ras-le-bol des Belges

La barbe de Poelvoorde, la révolution "moules-frites" de Geluck, la marche de la honte à Bruxelles... Le ras-le-bol général des Belges est palpable.

Aux côtés des crises dont souffrent actuellement l'Égypte et la Tunisie, la crise politique belge paraît bien désuète aux yeux du grand public. Pourtant, sans gouvernement depuis le 13 juin 2010, la Belgique est en passe de détrôner l'Irak et ses 289 jours sans gouvernement si les politiciens ne parviennent pas à un accord avant le 30 mars prochain.

Sans résultat concret, chaque jour qui passe marque le ras-le-bol grandissant des Belges, comme en témoignent les nombreuses manifestations et chaînes de solidarité au sein du petit Royaume.

La marche de la Honte à Bruxelles réunit près de 39 000 manifestants

Lancé début janvier par des étudiants francophones et flamands sur Internet , et notamment Facebook , l'appel à manifester baptisé "Shame" (La honte) a réuni près de 39 000 manifestants dans les rues de Bruxelles, le dimanche 23 janvier 2011. Une marche de protestation suivie avec attention par la presse belge, mais aussi mondiale.

Tandis que Le Figaro estime que "la classe politique belge peut se faire du souci", pour le New York Times cette marche "est le premier signe de la frustration populaire". Le New Zealand Herald, quotidien d'Auckland en Nouvelle-Zélande, estime quant à lui que "le malheur de ce petit pays divisé et de ses 10 millions d'habitants fait aujourd'hui figure de papier peint, même pour ses voisins."

Parmi les nombreux drapeaux aux couleurs de la Belgique, le slogan lancé quelques jours auparavant par Benoît Poelvoorde a fait l'unanimité dans les revendications : "Une barbe pour la Belgique !"

L'appel de Benoît Poelvoorde pour un gouvernement belge

Diffusé à toute pompe sur le réseau social Facebook, et relayé par la presse belge, l'appel de Benoît Poelvoorde a, dès sa diffusion, fait le buzz sur la toile : "Nous avons décidé de ne plus nous raser tant que nous n'aurons pas de gouvernement en Belgique ! (...) Laissez pousser votre barbe et nous saurons que nous sommes tous solidaires d'une Belgique unie et qui s'en sort, une Belgique au poil."

Un message respecté à la lettre par bon nombre d'internautes qui ont joué le jeu de se laisser pousser la barbe. Une frénésie dont s'est toutefois fait modérateur Monsieur Cinéma, présent lors de l'annonce de l'appel : "Se laisser pousser la barbe ne signifie pas que l'on ne peut pas la tailler. [...] Une barbe de trois jours c'est aussi une revendication pour un gouvernement", a-t-il déclaré lors d'une interview radio, quelques jours après l'appel. À ce jour, l'acteur du dernier film de Dany Boon, Rien à déclarer , n'a pas feint à ses engagements.

Philippe Geluck : "La révolution moules-frites est en cours"

En date du 21 janvier 2011, soit deux jours avant la marche de la "honte", de nombreux artistes flamands et francophones se sont eux aussi réunis au KVS (Théâtre royal flamand de Bruxelles) à l'occasion d'un spectacle intitulé La solidarité grandit une culture .

Forte d'un message au monde politique belge, la troupe était composée, notamment, du chanteur Arno, des écrivains Amélie Nothomb et Pierre Mertens ainsi que des cinéastes Nabil Ben Yadir et Jaco Van Dormael. Spectateur dans une salle comble, l'humoriste et dessinateur belge Philippe Geluck s'est réjoui de l'initiative et a déclaré : "Il y a eu quelques jours, il y a eu la révolution de Jasmin en Tunisie, chez nous, c'est la révolution moules-frites qui est en route ! Ce que font là les artistes et les intellectuels flamands, c'est ce que j'attends depuis des mois."

Attendue depuis des mois, aussi, la formation d'un gouvernement belge qu'aucun des politiciens, ou presque, ne semblent prêts à consolider au prix de quelques sacrifices. Les réformes se discutent, les débats font rage, mais au coeur de la Capitale, Manneken-Pis attend, encore.

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