Tensions entre communautés chrétiennes et musulmanes en Égypte

Après plusieurs semaines de manifestations révolutionnaires en Égypte, toujours de vives tensions entre coptes (chrétiens d'Égypte) et musulmans.

Alors que les Égyptiens sont appelés aux urnes samedi 19 mars 2011 pour un référendum nécessaire au retour du pouvoir civil, plus d'un mois après la chute du président Moubarak, et qu'ils s'apprêtent à recevoir la venue de nombreux Libyens effarés par l'avancée des troupes de Kadhafi, c'est un tout autre combat que continuent de se livrer les communautés chrétiennes et musulmanes du pays: celui des religions.

De nombreux affrontements entre chrétiens et musulmans en Égypte

Dans la nuit du 31 décembre 2010 au 1er janvier 2011, un attentat fait 21 morts et 79 blessés devant une église d'Alexandrie. Mardi 8 mars 2011, un millier de coptes (chrétiens d'Égypte) se rassemblent pour protester et réclamer la reconstruction de leur église incendiée. Mercredi 9 mars 2011, de violents affrontements entre chrétiens et musulmans au Caire font entre 10 et 13 morts, et près de 110 blessés.

Attentats, affrontements, manifestations... Tel est le quotidien des deux communautés que tout, ou presque, semble aujourd'hui opposer. Des heurts qui, s'ils ne sont pas nouveaux ( loin s'en faut ), font désormais couler autant d'encre que de sang, engrenés dans l'actualité du soulèvement égyptien qui renversa son président, Hosni Moubarak, le 11 février 2011.

En cause, une relation amoureuse entre un copte et une musulmane

C'est un peu la tragédie shakespearienne, où le problème des familles est celui des croyances: il est copte, elle est musulmane. La révolution égyptienne n'a en effet pas fait sauter tous les verrous, et une relation amoureuse entre un homme et une femme de religions différentes est toujours mal perçue, voire illégale aux yeux des deux communautés.

Youssef Sidhom, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Watani, explique au journal Le Monde : «Quand cette relation a été connue publiquement, cela a suscité un profond malaise social. De jeunes musulmans ont alors décidé de se venger (...) Les musulmans considèrent ce genre d'affaire comme une atteinte à l'islam».

Les coptes, une communauté minoritaire en Égypte

Selon le site France Diplomatie , la communauté chrétienne représenterait 8 millions d'individus – soit environ 9% de la population égyptienne. L'Église copte, quant à elle, avance le chiffre de 12 millions de fidèles, soit 15% de la population (1). Dans un cas comme dans l'autre, les coptes constituent la plus importante minorité chrétienne dans le Proche-Orient arabe (2).

À cet effet, l'une des revendications des Égyptiens chrétiens – appuyés par les musulmans non fanatiques, venus nombreux lors des manifestations – est l'abrogation de l'article 2 de la Constitution égyptienne qui stipule que «l'islam est la religion de l'État dont la langue officielle est l'arabe; [que] les principes de la loi islamique constituent la source principale de législation». Les coptes dénoncent en effet une forte discrimination entre les deux communautés , tant publique qu'institutionnelle: au 12 décembre 2010, l'Égypte comptait dix coptes seulement parmi les 518 députés, soit 1,93%.

Le rapport du Dr Merit Boutros Ghali (1979), analysé par Christian Lochon dans Rôle et Culture des Chrétiens d'Orient , rappelle qu'en 1910, 45% des fonctionnaires étaient chrétiens. À ce jour, plusieurs professions leur sont désormais interdites au sein du pays: professeur d'arabe, notamment. Dans les manuels scolaires d'histoire, précise le rapport, il n'est pas fait état de la période historique chrétienne de l'Égypte, soit du IIe au VIIe siècle, à l'arrivée des musulmans.

Vers un nouveau gouvernement en Égypte

Aujourd'hui, après plusieurs semaines de manifestations révolutionnaires, les premiers préparatifs électoraux de l'ère post-Moubarak se dessinent. Si, pour la grande majorité des Égyptiens, l'objectif est l'établissement d'une nouvelle Constitution, les coptes espèrent de celle-ci davantage de droits, de liberté, de responsabilités politiques et une reconnaissance en tant que religion du pays – au même titre que l'islam.

(1-2) Chiffres et analyses selon Michel Malherbe, Les religions de l'humanité aux Éditions Criterion; Atlas des religions , Plon-Mame; et relayés par le site Wikipedia .

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