La suppression des notes à l'école élémentaire

L'Afev demande au gouvernement la suppression du système de notation à l'école primaire. Un appel relayé par Le Nouvel Observateur.
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L'Afev (Association de la Fondation Étudiante pour la Ville) publie le jeudi 18 novembre 2010 un article dans Le Nouvel Observateur, qui dénonce une énième fois le système de notation à l'école élémentaire. Soutenu par 20 personnalités, ce manifeste de l'égalité entre les élèves serait justifiable si seulement il invoquait les bonnes raisons. Car celles soutenues par l'Afev pour se défaire des notes au primaire sont infondées. La vérité est ailleurs.

Pour l'Afev, la note "stigmatise les élèves"

Encore une fois, cet appel correspond à un retour en arrièren, direction 1968 et la suprématie de la pédagogie nouvelle, celle qui fait de l'école un endroit d'amusement, de récréation, et où l'on apprend uniquement par empirisme et découverte. Celle qui ne veut pas classer les élèves, car cela pourrait les blesser et, comme l'écrit l'Afev, enfermer nos chères petites têtes blondes "dans une spirale d'échec".

Malheureusement, les notes sont aussi et surtout un moyen indispensable pour favoriser l'égalité des chances, et un outil qui place les élèves issus de la bourgeoisie et ceux du prolétariat sur un pied d'égalité.

Le système de notation est à ce titre indispensable et favorise la compétition entre élèves, compétition qui motive et encourage les enfants en retard, à condition que les structures de soutien mises en place soient efficaces.

"La massification scolaire" comme cause et conséquence de l'injustice des notes

Loin d'y penser, l'Afev trouve elle-même les véritables raisons qui pourraient justifier une suppression des notes à l'école primaire: "La culture de la note est encore très présente dans l'école française, historiquement tournée vers la sélection. Si le modèle répondait aux exigences d'un système élitiste avant la massification scolaire, il apparaît aujourd'hui en total décalage avec l'objectif d'élévation globale du niveau d'études."

La note est en effet destinée à classer les élèves afin de "ponctionner" les meilleurs, qui s'intègreront alors dans le système sélectif français actuel (classes préparatoires, L2 médecine, etc.)

À cause de la massification scolaire, la note s'est révélée complètement inutile puisque le système n'est plus sélectif mais massif, c'est-à-dire qu'il permet au plus grand nombre d'atteindre le niveau de Master.

Comme le dit l'Afev, la note est devenue aujourd'hui totalement inutile mais les bonnes raisons ne sont pas celles invoquées Loin de la volonté de protéger nos élèves des mauvaises notes, la vraie raison est l'inutilité d'un système de notation dans des programmes scolaires allégés au strict minimum. La note en devient obsolète et sans aucune signification.

"L'objectif d'élévation globale du niveau d'études" ou la diminution globale du niveau des programmes scolaires

Comme le dit si bien l'Afev dans cet article du Nouvel Observateur , l'objectif d'aujourd'hui est l'élévation globale du niveau d'études des élèves. Nos enfants n'étant pas forcément, de façon innée, plus intelligents que ceux des années 80, cette phrase implique inévitablement une diminution globale du niveau des programmes scolaires. C'est dans cette médiocrité des programmes que la note est devenue complètement inutile: voilà la vraie raison !

La diminution du niveau des programmes scolaires ? Un véritable fléau pour l'éducation française, qui a, sous couvert de vouloir mieux éduquer les enfants et d'améliorer les taux de réussite, baissé de façon sensible les exigences des programmes scolaires.

  • En mathématiques, une étude de la Direction de l'évaluation et de la prospective (Depp) du Ministère de l'Éducation Nationale compare les niveaux des élèves de CM2 à 20 ans d'écart. Résultat probant : "le score moyen en mathématiques a baissé, de sorte que 80% des élèves de 2007 ont un score inférieur au score de l'élève moyen de 1987."
  • En français et d'après le même rapport de la Depp, "deux fois plus d'élèves (21%) se trouvent en 2007 au niveau de compétence des 10% d'élèves les plus faibles de 1987." L'orthographe est aussi en baisse générale puisque les 10,7 fautes moyennes d'un élève de 1987 sont devenues 14,7 chez l'élève de 2007 et que les 26% des élèves de 1987 faisant plus de 15 erreurs sont, en 2007, passés à 46%.
  • En histoire, encore une fois, la pédagogie nouvelle a là aussi fait ses preuves ! De l'apprentissage chronologique, nous sommes passés à l'apprentissage en sauts de puce qui a, et cela aurait dû être une évidence, totalement embrouillé les élèves. 72% des écoliers et 75% des collégiens ne maîtrisent pas les acquis du programme, selon le ministère. Aujourd'hui, on étudie Napoléon dans le chapitre consacré à la Révolution et Louis XIV est relégué au second plan, car Xavier Darcos avait décidé d'enseigner "l'ouverture aux autres civilisations de notre monde". A défaut de savoir qui était le Roi Soleil et ce qu'il a fait pour la France, ces chers bambins sauront que les samouraïs vus dans les films viennent du Japon...

Sources:

L'appel de l'Afev dans le Nouvel Observateur pour la suppression des notes à l'école élémentaire et soutenu par 20 personnalités dont Michel Rocard et Daniel Pennac .

La baisse générale du niveau des programmes de mathématiques

La baisse générale du niveau des programmes de français

Programmes scolaires: c'était mieux avant?

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