Métamorphoses ovidiennes, Hercule et Déjanire

La mort d'Hercule intervient peu après sa conquête de Déjanire, et ses combats avec le fleuve Achéloüs et le centaure Nessus.
5

Fier de ses douze travaux , Hercule éprouve le désir de conquérir Déjanire, une "vierge d'une rare beauté" convoitée par plusieurs prétendants, dont le premier est le dieu fleuve Achéloüs. S'ensuit l'enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus, puis la mort d'Hercule.

Le combat contre Achéloüs pour Déjanire

Dans son récit, Ovide rend compte du dialogue entre le dieu fleuve Achéloüs et le héros Thésée qui vient de tuer le Minotaure en Crète. Après que Thésée s'étonne de la disparition d'une corne sur la tête d'Achéloüs, le dieu lui avoue sa défaite face à Hercule, lors d'un combat singulier dont la récompense était une jeune vierge du nom de Déjanire, qu'ils convoitaient tous deux. Ovide réussit, dans ce récit, à y déposer une pointe d'humour lorsque Achéloüs fait des apartés pour justifier son échec. Ainsi, dès le début du récit, il déclare, comme pour défendre sa bravoure: "il y eut moins de honte à être vaincu que de gloire à lutter".

Hercule se vante d'avoir pour père Zeus, ce que Achéloüs reprend à son compte en raillant son adversaire: "Tu te vantes, fils d'Alcmène, d'être issu de Jupiter; ou il n'est pas ton père, ou s'il l'est, c'est par un crime; tu fais de ta mère une adultère, quand tu le revendiques pour ton père."

Le combat débute entre les deux prétendants et Hercule s'avère plus fort. Hercule réussit à prendre le dessus, et l'on retrouve les apartés assez drôles de Achéloüs: "La quatrième fois, il s'arrache à mon étreinte, dénoue mes bras qui l'enlacent et (puisqu'il faut confesser la vérité), me faisant tourner sur moi-même d'une brusque poussée, il s'attache à mon dos de tout son poids. Vous pouvez m'en croire (je ne cherche pas en ce moment à me glorifier par des mensonges), il me semblait que j'avais sur moi une montagne qui m'accablait."

Achéloüs se transforme alors en serpent qui glisse d'entre les mains d'Hercule, mais ce dernier se moque de ce petit serpent et le compare à l'Hydre de Lerne qu'il tua jadis et dont "le sang enfantait des couleuvres". Hercule étouffe son adversaire mais ce dernier se transforme une nouvelle fois, cette fois-ci en taureau qu'Hercule retourne et "tandis qu'il tient de sa main brutale une de mes cornes, il la brise malgré sa dureté et l'arrache de mon front qu'il mutile."

Cette corne devient dès lors la corne d'abondance que les Naïades remplissent de fleurs et de fruits et offrent aux dieux.

L'enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus

De retour vers son pays, Hercule doit traverser le fleuve Événus, "alors plus gros que de coutume, enflé par les pluies d'hiver." Nessus, un centaure offrant ses services pour traverser ce fleuve, propose à Hercule d'aider Déjanire à traverser, Hercule étant bien assez robuste pour le faire à la nage. Ce dernier accepte et confie sa nouvelle épouse au centaure. Il traverse rapidement le torrent. Lorsqu'il se relève, il entend les cris de Déjanire: "Nessus s'apprêtait à ravir le dépôt commis à sa garde." Après l'avoir sommé de déposer Déjanire, Hercule tire de son carquois une flèche empoisonnée au venin de Lerne, vise et "le trait parti de sa main traverse le dos du fuyard."

Avant de mourir, Nessus a l'idée de sa vengeance: "il donne à celle qu'il a enlevée sa tunique teinte de son sang encore chaud, comme un charme propre à exciter l'amour", tunique elle-même empoisonnée par le poison de Lerne.

La mort d'Hercule

Cependant, l'amour d'Hercule est changeant et il vire très vite aux profits d'Iole. Déjanire, déçue par son héros et voulant le récupérer, lui envoie la tunique "qui doit ranimer un amour défaillant" par l'intermédiaire de Lichas.

Hercule est alors occupé à adresser ses prières aux dieux. Il jette la tunique sur ses épaules et le venin de Lerne agit très vite. Suite aux maux qu'elle lui inflige, "il s'efforce de déchirer la tunique fatale; mais là où il l'arrache elle arrache sa peau; chose horrible à dire [...] elle met à nu ses muscles en lambeaux et ses os gigantesques." Il sait alors qu'il va mourir et se remémore les combats qu'il a menés tout au long de sa vie. Il se souvient ensuite de Lichas, celui qui lui a apporté cette tunique. Hercule "le saisit, le fait tournoyer trois ou quatre fois et le lance dans les flots de la mer d'Eubée avec plus de force qu'une baliste."

Il décide alors d'abréger ses souffrances en offrant son corps aux flammes de Vulcain, sur un bûcher dans un récit absolument merveilleux d'Ovide: "Tandis que les flammes avides enveloppent la haute masse des bois entassés, tu en couvres le sommet avec la dépouille du lion de Némée et tu t'y couches, la tête appuyée sur ta massue, le visage aussi calme que si tu étais étendu devant un festin, le front ceint d'une couronne, parmi des coupes pleines de vin pur."

Hercule fut alors envoyé au ciel, suite au discours de Jupiter qui émut toute l'assemblée des dieux.

Sources : Les Métamorphoses , Ovide, IX, 1-266

Sur le même sujet