Potiche, François Ozon

François Ozon mêle ici deux monstres sacrés du cinéma français: Gérard Depardieu et Catherine Deneuve. Mais le résultat est fade, convenu et déplaisant

La bande annonce était convaincante. Les têtes d'affiche l'étaient tout autant. Mais ça fait flop, comme un beau ballon de baudruche qu'on dégonfle. Et c'est bien malheureux.

Potiche ou comment faire d'une bonne pièce de théâtre du mauvais cinéma

Le film Potiche de François Ozon est l'adaptation au cinéma de la pièce de théâtre éponyme de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, jouée 570 fois au Théâtre Antoine, boulevard de Strasbourg.

Dans Potiche , on nous raconte l'histoire de la famille Pujol, dont le père Robert joué par Fabrice Luchini est le PDG de l'entreprise familiale de parapluies appartenant jadis à sa belle-famille, les Michonneau, représentée aujourd'hui par sa femme au foyer un peu potiche, Suzanne, jouée par Catherine Deneuve. Leur fille Joëlle, Judith Godrèche, ressemble fort à son père: elle est réac et intransigeante. Leur fils Laurent, joué par Jérémie Renier, joue le post-adolescent soixante-huitard qui s'oppose à son père. Derniers pions de ce vaudeville: Nadège (Karine Viard), la secrétaire et maîtresse à temps partiel de Robert; et Maurice Babin (Gérard Depardieu), le député maire communiste de la commune de Sainte-Gudule.

La scène se passe en 1977 et les décors et costumes sont plus que d'époque: tapisseries oranges et brushings époustouflants sont de mise.

La vie est plutôt paisible à Sainte-Gudule jusqu'au jour où les salariés de l'entreprise Pujol se mettent en grève. Robert est séquestré puis hospitalisé quelques jours pour deux attaques cardiaques successives. En souvenir de son aventure extra-conjugale et afin de conserver le prestige de la famille, Suzanne, aidée de Maurice Babin, sort de ses gonds de potiche et décide de mener la barque. Elle prend le contrôle de l'entreprise et en fait un lieu de vie agréable où même ses enfants trouvent leurs places.

Lorsque Robert revient, rien n'est plus comme avant: Suzanne n'est plus une potiche mais une véritable femme d'affaires communiquant aisément avec les médias, la secrétaire Nadège n'est plus soumise aux désirs sexuels unilatéraux de son ancien patron, et les enfants sont épanouis dans leur travail.

Robert fera tout pour reconquérir son entreprise et Suzanne finira par prendre un pouvoir encore plus important que celui de son mari en devenant députée.

Les problèmes du film de François Ozon

Le film est adapté d'une pièce de théâtre et, malheureusement, ça se voit plus que trop. Les scènes et dialogues sont attendus et convenus, le film ne nous offre aucune surprise et la fadeur de la mise en scène entache les très bonnes performances de Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Fabrice Luchini et Karine Viard.

D'autre part, Judith Godrèche nous offre l'une de ses plus mauvaises performances en surjouant constamment le caractère potiche et fille à papa de son personnage (surjouer au théâtre, c'est nécessaire; au cinéma, non), et Jérémie Renier n'est que très peu présent devant la caméra.

Rien de très plaisant dans ce film, mis à part la scène de danse très amusante du badaboum entre Depardieu et Deneuve.

Même si le film s'avère court sur le papier (1h40), il ne passe que très lentement devant le grand écran.

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