Pourquoi la thèse d'un complot contre DSK est-elle si évoquée ?

Depuis son arrestation, l'affaire Dominique Strauss-Kahn suscite de vives réactions sur le web. Pourquoi les internautes soutiennent la théorie du complot?
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Samedi 14 mai 2011, Dominique Strauss-Kahn est arrêté à l'aéroport JFK de New York pour tentative de viol, agression sexuelle et séquestration sur une femme de chambre de l'hôtel Sofitel de Manhattan. L'information fait le tour de la planète en quelques heures et la stupéfaction est de mise dans le monde entier. Mais pour les Français de gauche, DSK est plus que le patron du FMI : c'est depuis un an l'espoir de tous les socialistes, celui que tous les sondages donnent comme grand favori de l'élection présidentielle de 2012.

Depuis l'arrestation, la théorie d'un complot est née sur Internet, relayée par de multiples médias et hommes politiques, accusant tantôt la droite française, tantôt les adversaires de DSK au sein même du PS, ou bien, encore et toujours, les Américains et leur despotisme voulant l'un des leurs sur le trône du Fonds monétaire international. Pourquoi ces théories voient-elle le jour à chaque évènement stupéfiant ou spectaculaire (le premier pas sur la Lune, l'assassinat de J.F. Kennedy, les attentats du 11 septembre 2001, la mort de Ben Laden, etc.) ?

La fascination du non-dit

Depuis quelques années, et notamment depuis l'affaire WikiLeaks, les internautes sont habitués à recevoir des "révélations inédites", informations souvent anti-gouvernementales qui balayent toutes les précédentes. L'internaute a donc développé un point de vue très critique face à l'information relayée par la presse dite classique. Ainsi, concernant l'affaire DSK, le web met en doute toute information relayée par la télévision, la radio ou la presse écrite. Et tant mieux, cela met en exergue l'intelligence des internautes et leur propension à s'interroger.

Cependant, ces vastes théories du complot sont souvent l'effet pervers de cette nouvelle intelligence critique : l'internaute ne s'interroge plus, mais contredit. Les œillères sont alors installées et l'on arrive à dire de vastes bêtises, comme un soi-disant tournage par Kubrick du premier pas sur la Lune dans des studios de cinéma ou la mort de milliers de New-Yorkais pour une fumeuse histoire de pétrole.

La stupéfaction et l'incrédulité face aux images d'un DSK abattu et menotté

Les images sont rudes pour l'entourage du patron du FMI : DSK menotté, escorté par deux policiers et emmené au commissariat après une nuit en garde à vue. Le socialiste a le visage fermé, marqué, l'imperméable tombant de son épaule gauche : c'est la fin d'un homme en images, la chute d'un patron du monde. Face à l'incrédulité, tout est mis en œuvre pour trouver une explication plausible car, dans l'esprit de tous, un homme à si hautes responsabilités ne peut pas être un agresseur sexuel. Mais DSK n'est qu'un homme, et il avait déclaré il y a quelques mois qu'il aimait beaucoup les femmes et qu'il avait peur qu'un quelconque adversaire le piège ainsi.

Ainsi naît la théorie d'un complot contre Dominique Strauss-Kahn : de l'incrédulité envers une femme de chambre noire face au patron du FMI, et d'une phrase qu'aurait dite DSK quelques mois avant le "DSKgate".

Ces images d'un autre monde

Les images évoquées plus haut sont fascinantes et stupéfiantes, tout comme l'étaient celles de Bill Clinton, le visage aussi fermé qu'un gamin ayant fait une bêtise, lors du procès Lewinski. Dominique Strauss-Kahn apparaît fatigué mais déterminé dans son combat : il plaidera non coupable.

Les autres pays sont plus sévères envers DSK : il est tout de même accusé de tentative de viol, agression sexuelle et séquestration. Et si la police de New York l'a arrêté à l'aéroport JFK, puis envoyé en détention devant les médias du monde entier, c'est qu'elle dispose de certaines informations très crédibles. Évidemment, certains oublient déjà la présomption d'innocence et le caractère médiatique n'est pas sans rappeler Le Bûcher des Vanités de Tom Wolfe.

En France, c'est différent car son passé à Sarcelles est toujours présent dans les esprits et, plus que la patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn est resté un socialiste. Et un socialiste qui se bat pour les populations qu'il représente. Il est donc impensable qu'un homme socialiste de sa stature politique soit un salaud. Internet se rabat donc sur cette jeune femme qui serait mouillée dans un vaste complot, même si personne ne possède de preuves tangibles.

En France, l'espoir socialiste s'effondre

Depuis près d'un an, les médias sont formels : si Dominique Strauss-Kahn se présente, quelque soit son programme et ses intentions, les Français l'éliront président de la République en 2012. C'est donc dans une grande liesse que la gauche française avait trouvé son nouveau poulain, patron du FMI et ancien maire de Sarcelles. Mais les espoirs s'écroulent en ce samedi 14 mai 2011, lorsque DSK tombe entre les mains de la police new-yorkaise. Quel est le dernier espoir de tous les votants potentiels de DSK ? Que cet homme soit libéré et que l'on montre que cette histoire n'est qu'un vaste complot organisé par ses adversaires directs : les autres éléphants du PS ou l'UMP. Et quand on souhaite quelque chose, on enfile les œillères et l'on ne voit plus les antécédents accablants du patron du FMI : l'aventure extra-conjugale avec l'employée hongroise du FMI, l' accusation télévisée de la romancière Tristane Banon , les déclarations des proches de DSK sur son amour violent pour les femmes, etc.

On ne veut pas avoir eu l'intention de voter pour un homme qui serait jugé coupable d'agression sexuelle et de tentative de viol. On lui invente donc des excuses infondées.

À ce jour, la présomption d'innocence est toujours de mise, mais les pièces qui tombent en défaveur du patron du FMI sont nombreuses. Pourquoi pas un complot ? Oui, mais alors, il faut en donner la preuve. Une défense sans raison est aussi inutile qu'une attaque sans preuve.

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