Vipère au poing, Hervé Bazin

Ce roman d'Hervé Bazin est un cri de haine adressé à sa mère, véritable tyran régnant sur la Belle-Angerie jusqu'à la rébellion de Jean Rezeau.
28

Hervé Bazin nous offre, en 1948, Vipère au poing . Ce roman saisissant, poignant, décrit la haine que porte le petit Brasse-Bouillon à sa mère qu'il surnomme Folcoche, diminutif des mots folle et cochonne.

Le cri de haine du narrateur

Le titre du roman est largement développé dans l'incipit et l'excipit: il fait référence à la haine filiale existant entre Junon et Hercule. Junon, jalouse de ce fils que Zeus, son mari, eut d'Alcmène, ne cessa de le combattre dès sa naissance. Elle envoya ainsi des serpents afin de le tuer dans son berceau mais Hercule les étouffa.

Au début de Vipère au poing , Jean fait de même avec une vipère, celle-ci symbolisant la tyrannie de sa mère. L'excipit revient sur cette victoire remportée sur la vipère, contre sa mère: "Cette vipère, ta vipère, je la brandis, je la secoue, je m'avance dans la vie avec ce trophée, effarouchant mon public, faisant le vide autour de moi. Merci, ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing." Tel un trophée, Jean brandira, sa vie durant, la tyrannie de sa mère.

Les règles strictes imposées par Folcoche conduisent les enfants à la considérer comme une adversaire. Ils se rebellent comme ils peuvent, en établissant des codes comme le surnom Folcoche ou en gravant sur les arbres du parc les lettres VF: "Vengeance à Folcoche".

Quelques temps après, Folcoche déclare une crise hépatique et doit être hospitalisée quelques mois. Ces mois sont doux et heureux pour toute la famille: le père peut enfin passer des moments agréables avec ses enfants et ces derniers se délectent de la liberté qu'ils viennent de recouvrer. Mais Folcoche revient, même après les prières que Jean adresse pour la mort de sa mère.

Le retour de Folcoche est très difficile: voyant son autorité disparue depuis quelques mois sur la Belle-Angerie, elle entérine les libertés et tout le monde se retrouve condamné à la réclusion. C'est la rébellion qui débute et Jean en prend les rênes. Les enfants déclarent la guerre à leur mère, et tenteront par deux fois de la tuer. Mais les tentatives échouent.

La fuite vers Paris

Jean est condamné au fouet par sa mère. Celui-ci décide de ne pas subir et s'enferme dans sa chambre. Folcoche essaie par tous les moyens de l'en déloger mais n'y parvient pas. Jean décide de fuguer et de partir en train pour Paris, afin de rapporter à ses grands-parents les méfaits de leur fille.

C'est un véritable vent de liberté qu'offre Hervé Bazin dans ce passage qui était, sans nul doute, connu de J.D. Salinger lorsqu'il écrivit L'attrape-cœurs . Liberté spatiale, liberté littéraire, liberté sexuelle et folie parisienne: tout se mélange dans l'un des plus beaux passages du roman.

Un gamin déjà triste

Revenu à la Belle-Angerie, Brasse-Bouillon décide d'en finir avec sa mère en ayant avec elle une discussion réfléchie. Mais Folcoche en veut à cet enfant rebelle et intelligent: elle essaie de l'inculper de vol en cachant son portefeuille dans la cachette de son fils. Mais Jean surveille et lui avoue avoir tout vu. C'est la chute de Folcoche: elle décide, après la première discussion sensée qu'elle a avec Jean, de l'envoyer en pension. Jean n'a plus peur d'elle, il l'a terrassée.

Sur le même sujet