Borussia Dortmund : les raisons du succès

Depuis l'an dernier, le BVB est redevenu une place forte du football d'outre-Rhin. Tour d'horizon en trois points du très probable champion d'Allemagne.

Malgré la défaite 1-0 de ce week-end sur le terrain du Borussia Möchengladbach, le Borussia Dortmund survole la Bundesliga, qu'il mène sans discontinuer depuis le 31 octobre dernier. A trois journées de la fin - dont deux matchs à domicile dans son antre du Westfalenstadion, la talentueuse équipe de Jürgen Klopp va très certainement offrir au BVB son 7è sacre.

La jeunesse au pouvoir

Barrios a 26 ans, Piszczek et « Kuba » Blaszczykowski, 25, Schmelzer, 23, Hummels, Subotic, Bender, Kagawa, Sahin, Lewandowski et Grosskreutz, 22 et Götze, 18. Douze des treize joueurs les plus utilisés cette année par le – jeune lui aussi – entraîneur Jürgen Klopp (43 ans) n’étaient que de simples adolescents, pour les plus âgés d’entre eux, au moment du dernier titre de champion du BVB, en 2002. Le «doyen» de cette équipe d’enfants n’est autre que le capitaine et gardien de but, Roman Weidenfeller, qui aura 31 ans en août.

Grâce à la fraîcheur de cet effectif, le Borussia a un jeu basé sur l’insouciance, la multiplication des passes, les appels, contre-appels, le pressing constant de l’adversaire. Bref, un football spectaculaire et efficace que la pleine force physique de joueurs, qui peuvent enchaîner les matchs sans avoir de pépins liés à l’âge, permet et encourage.

Et ça marche: premier avec 8 points d’avance à quatre journées de la fin – et même 9 points si l’on prend en compte la différence de buts favorable de +24 par rapport au second, le Bayer Leverkusen – les «Schwarzgelben» (les jaunes et noirs) présentent également la 2è meilleure défense d’Europe, un but seulement derrière le Barça, la 2è meilleure attaque de Bundesliga après l’armada munichoise. Ils comptent 6 joueurs à 6 buts et plus, et seulement 3 défaites en championnat cette saison.

Une année exceptionnelle donc, bâtie sur la confirmation de talents éclos l’an dernier au plus haut niveau – Barrios, Hummels, Subotic et Sahin, entre autres – et l’émergence de nouveaux joueurs qui compteront à n’en pas douter parmi les valeurs sûres du football allemand sur la prochaine décennie, à savoir: Schmelzer, Grosskreutz, Bender et le très jeune Götze, meilleur passeur du championnat. Aréopage germain auquel il faut ajouter le japonais Shinji Kagawa (8 buts en 17 matchs cette année), acheté au Cerezo Osaka l’été dernier pour… 350 000 euros!

Un entraîneur hors du commun

Cette équipe alliant à la fois la jeunesse et le pragmatisme, nous la devons à un homme: Jürgen Klopp. Ancienne gloire de Mayence, club qu’il a coaché avec réussite de 2001 à 2008, le natif de Stuttgart a construit à Dortmund une équipe hors du commun, depuis son arrivée il y a 3 ans. Créant un collectif soudé, qui prend visiblement plaisir à jouer ensemble, et réussissant l’exploit de faire accepter aux anciens – Dede, Owomoleya, Da Silva, Feulner, Kringe, ou encore Zidan, qu’il a fait venir de Mayence l’année de son arrivée chez les Borussians – de patienter sur le banc au profit des «gamins». Il fait donc l’unanimité dans le vestiaire et, bien entendu, auprès des supporters qui n’avaient pas connu pareille saison depuis 9 ans.

Klopp est un entraîneur instinctif, paternel et humble, qui défend ses joueurs quoi qu’il arrive. Un bémol cependant: Klopp a un caractère orageux, sanguin, qui lui a valu plusieurs prises de bec sérieuses avec ses homologues de banc – en championnat comme en Coupe d’Europe – ainsi qu’avec les arbitres. Il fut même récemment taxé de «psychopathe» par Nerlinger, le directeur sportif du Bayern Munich, grand rival du BVB, qui avait pourtant essayé de le recruter à l’été 2010.

Toutefois, Klopp est conscient de ce côté sombre et ne manque jamais de s’excuser à la suite de ses débordements. Ce qui lui vaut ainsi la bienveillance systématique des commissions de discipline.

Sous contrat avec Dortmund jusqu’en 2014, gageons que s’il parvient à garder ses meilleurs éléments, la plupart des joueurs étant régulièrement annoncés dans les plus grosses écuries européennes, Jürgen Klopp va encore faire vibrer le WestfalenStadion (que la mode du naming a rebaptisé Signal Iduna Park en 2005) dans les années à venir.

Une ferveur populaire extraordinaire

Aller une fois dans sa vie au stade du Borussia est une expérience inoubliable: les jours de match, la ville entière, qui compte quand même près de 600 000 habitants, est en jaune et noir. Les voitures ont des écussons, les fenêtres, des drapeaux et les gentilés, hommes comme femmes, des écharpes et des maillots allant de l’époque Stéphane Chapuisat à la version actuelle, en passant par les années Metzelder/Rosicky/Ewerthon.

Lorsqu’on a la chance de trouver des places – le stade a 80 720 sièges (l’équivalent d’une ville comme Pau), dont 50 000 réservés aux abonnés, les 30 000 places vacantes partant généralement en moins de 10 minutes les jours de vente –, on se retrouve alors dans le «meilleur stade de football d’Europe» selon le magazine The TimesLe spectateur fait face ou côtoie du plus grand kop d’Europe, le fameux «mur jaune», au sein duquel, à chaque match, 24 500 abonnés font un boucan d’enfer pendant 90 minutes. L’ambiance y est assourdissante et les joueurs du Borussia sont portés par leurs fans à chaque match.

Après les victoires, les joueurs restent 10 à 15 minutes sur la pelouse à remercier leur public, à célébrer et chanter avec lui: la communion est grande et non-feinte. L’effectif du BVB sait qu’il pourra toujours compter sur la fidélité de ses fans. La ferveur des habitants pour leur club ne s’est jamais démentie. La preuve: pour le match du 14 mai les opposant à Francfort, match qui clôturera la saison à domicile, les dirigeants du Borussia ont reçu pour l’instant 361 000 demandes de billets…

S’il parvient donc à garder ses joueurs et si la méthode Klopp continue à faire ses preuves, grâce au soutien indéfectible de ses fidèles, le Borussia Dortmund peut s’installer durablement dans le gratin européen.

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