Alexandre le grand et Diogène: une rencontre ensoleillée

Alexandre le Grand, pendant sa visite de la Grèce, rencontre le plus célèbre des philosophes cyniques, Diogène.
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Nous sommes en 335 avant notre ère. Alexandre n'est pas encore Alexandre le Grand. Il n'a pas encore vingt-un ans. Pourtant, il est déjà craint par les Grecs... Bientôt par les Perses. En attendant, le jeune roi macédonien vient d'épater tous ceux qui doutaient encore de lui. Voilà quelques mois, son père Philippe mourrait sous les coups de couteaux de Pausanias - amant blessé - et la Grèce soumise décide alors de se révolter. Fondant en quelques jours avec son armée sur Thèbes, Alexandre prend par surprise des Grecs désorganisés et posant sa tente devant la ville, l'assiège, la prend et la détruit entièrement. Autant dire que lorsque le roi décide de visiter la Grèce en vainqueur, toutes les cités l'accueillent et lui assurent de leur soutien indéfectible. Athènes, première investigatrice des remous anti-macédoniens, profite de son prestige et ne subit pas les mêmes foudres que Thèbes. Continuant son périple, le voilà à Corinthe, cité riche et importante au carrefour de l'Attique et du Péloponnèse. Sa visite ressemble à celle d'un chef d'état, pourtant l'histoire nous révèle un épisode demeuré célèbre au cours duquel Alexandre rencontre Diogène de Sinope, dit le cynique.

Qui est Diogène ?

Diogène (413 - 327) fait partie de ces individus obscurs dont regorgent les cités grecques. Il a son style : habillé d'un simple manteau et d'une canne, il arpente les rues apostrophant les passants. Il a une demeure : reconnaissable entre toutes, la demeure de Diogène est une jarre ou un tonneau. Ces lieux d'habitations laissent à désirer pour le confort mais il semble s'y plaire et rien ne l'en délogera. Mais surtout, il a sa propre façon de penser, sa propre philosophie : le cynisme. Diogène revendique un inconfort, une humilité mais surtout une désinvolture qui le rend libre et même - bien qu'il soit souvent haï pour cela - respecté. Son périple le mène de Sinope, sa ville natale, à Athènes puis enfin à Corinthe. C'est là que débute notre épisode célèbre.

La rencontre

Le dialogue entre ces deux personnages est resté dans la légende d'Alexandre. S'en suivra un bref moment d'humilité - signe de la victoire de la pensée sur celle du muscle - de la part du jeune roi qui reconnaîtra la force du maître.

- « Je suis Alexandre

- Et moi Diogène, le cynique

- Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai

- Ôte-toi de mon soleil

- N'as-tu pas peur de moi ?

- Qu'es-tu donc ? Un bien ou un mal ?

- Un bien

- Qui donc, pourrait craindre le bien ? ».

La rencontre entre deux styles de vie

Alexandre revendique lui aussi un inconfort : celui du soldat. Mais il n'en reste pas moins un roi habitué à un style de vie diamétralement opposé à celui prôné par Diogène. Il n'est pas pour autant une brute dénuée de toutes pensées philosophiques. Son maître a été Aristote et il est lui même plus intéressé par la lecture et les mots que par le jeu et le sexe. Aussi, de par sa fonction, Alexandre ne peut avoir une vie « à la Diogène » : un donneur de leçon, doué d'un esprit vif et limpide. Écrasé par son propre poids - roi, général, fils de Zeus - le macédonien semble parfois regretter une vie plus simple, proche de la nature et libérée de toutes obligations politiques ou morales. D'où son aveu final : « Si je n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène ».

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