Assurbanipal, le mythe de Sardanapale, le roi et sa bibliothèque

Assurbanipal a été pendant très longtemps Sardanapale, un roi efféminé et faible. La réalité historique est pourtant très loin du mythe!
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Qui a dit que tous les rois orientaux étaient des paresseux, des incultes, des efféminés qui se vautraient dans la débauche et la facilité? Sans doute beaucoup. Il est vrai que les stéréotypes sur le despote oriental, depuis les Grecs, a eu bonne presse en Occident. Le monarque occidental, chrétien et juste en ressortait grandi. Outre les califes et leurs harems du Moyen Age, la tradition du souverain «bon à rien» remonte aux premières lueurs des civilisations syro-mésopotamiennes (IVe millénaire-VIe siècle av. notre ère). Un roi en particulier traîne derrière lui cette image fantasmagorique: Sardanapale ou plus exactement Assurbanipal.

L'image du souverain par Eugène Delacroix

Lorsque Eugène Delacroix décide de prendre le thème de la mort de Sardanapale, il imagine la fin romantique d'un souverain qui, tout faible qu'il soit, préfère se suicider dans un immense bûcher avec ses richesses et ses femmes, plutôt que d'affronter son ennemi perse. Sardanapale est représenté négligemment allongé dans un grand lit, observant ses maîtresses se faire assassiner et les chevaux apeurés. L'idée qui en ressort est celle d'un souverain à la richesse ostentatoire et au courage inexistant. Delacroix savait-il que le mythe de Sardanapale était tiré de l’existence d'un souverain célèbre et cultivé de l'Antiquité?

Une figure historique importante

La vie d'Assurbanipal (669-627 av. notre ère) est très éloignée des stéréotypes romantiques du XIXe siècle. C'est paradoxalement dans la seconde moitié de ce siècle que la vie de ce grand roi Assyrien va être redécouvert par l'archéologie. Jusqu'à présent, les intellectuelles – artistes, historiens, écrivains – ne savaient des légendes assyriennes et babyloniennes que ce qu'en disaient la Bible et les historiens grecs de l'Antiquité. Sardanapale – son nom donné par les Grecs est repris par la Bible – est présenté comme un roi s'adonnant au stupre et à la luxure et qui «s'efforçait même de rendre sa voix féminine» (Ctésias de Cnide). Les fouilles archéologiques, qui débutèrent à partir de 1842 dans la capitale Ninive, par les Français puis repris avec plus de succès par les Anglais, firent jaillir sur le monde une nouvelle image de la civilisation assyrienne ainsi que sur le dernier grand roi de cette dynastie. Sardanapale reprit alors le vrai nom d'Assurbanipal.

La découverte de son palais, de ses bas-reliefs ainsi que des textes administratifs de son temps permettent de rétablir les faits: défenseur de ses frontières, envahisseur implacable, il lutte et soumet un temps l’Égypte, écrase l'Elam et les Mèdes mais commet l'irréparable en détruisant Babylone, ce qui lui vaudra toutes sortes de malédictions. Mais ce qui fait la renommé de ce souverain aujourd'hui n'est ni sa force, ni sa réussite militaire mais son érudition.

La bibliothèque

Quoi de plus civilisé qu'une bibliothèque? Elle n'est pas aussi célèbre que les bibliothèques d'Alexandrie ou de Pergame, mais elle rivalise de part son ancienneté et par les trésors littéraires qu'elle contenait. Découverte sous fond de tension franco-anglaise (les Anglais découvrent la bibliothèque sur une partie de la fouille réservée aux Français qui ne travaillaient plus par manque de crédits – déjà!), la bibliothèque, qui contenait des milliers de tablettes d'argiles cunéiformes, avait été construite de manière à accueillir tous les mythes et l'histoire des Assyriens et de leurs lointains parents. Les tablettes racontaient la magnifique Épopée de Gilgamesh , le Déluge et bien d'autres légendes si exceptionnelles qu'elles bouleversèrent l'étude même de la Bible et de l'histoire de la civilisation dans son ensemble. Assurbanipal était donc réhabilité comme un souverain puissant et lettré, le denier des grands rois assyriens de tradition mésopotamienne.

Sources:

  • D. Arnaud, Assurbanipal, roi d'Assyrie , Fayard

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