Babylone : le rayonnement de la cité à travers l'histoire

Quel fut le fantasme véhiculé par Babylone dans l'histoire des autres grandes cités d'orient et d'occident?
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Babylone ! Votre imagination prend le dessus et vous ne voyez de la cité qu’une masse uniforme, carrée ou rectangulaire, dont le point culminant reste cette tour « de Babel » qui au centre de la métropole tutoie le ciel. Cela grouille autour. Des centaines de nationalités et de cultures circulent dans un désordre indescriptible dans de grandes avenues qui se croisent en angles parfaitement droits. Les bâtiments de plusieurs étages sont grands – supposons-nous – pour l’époque. Des terrasses dominent le peuple et les femmes richement vêtues regardent, amusées, la vie qui tourne inlassablement dans la cité. Les marchands interpellent et négocient dans un tumulte qui rappelle les bazars orientaux. Plus loin, un palais est accolé à des jardins en terrasses: les Jardins suspendus ! Babylone est une goutte de verdure, un vrai jardin d’Eden, dans ce désert qui repoussé par les puissantes murailles qui encerclent tout ce monde. Les couleurs sont somptueuses, le ciel est beau, les palmiers recouvrent le sol d’une ombre bienveillante, tout le monde rit et s’amuse dans une Babylone que notre inconscient voudrait fabuleuse et parfaite.

Pourtant, Babylone ne fut jamais cette «réalité» et ce fantasme tant désiré. Elle fut idéalisée au point de devenir, au cours des siècles et même des millénaires, LE modèle architectural de toute cité voulant atteindre cette superbia (orgueil, superbe).

Que reste-t-il pour imaginer?

La conception architecturale de Babylone vient de celle du dernier grand bâtisseur de la cité, Nabuchodonosor II, qui au VIe siècle av. notre ère, laissa derrière lui une ville redoutée et attirante. Les décors, tels que ceux de la porte d’Ishtar, tout de bleu lapis-lazuli, aujourd’hui reconstitués à Berlin, pénètrent le plus profondément notre mémoire collective. Les auteurs bibliques, et bien évidemment Hérodote qui fit une description – exagérée – de la cité, inspirèrent et inspirent toujours les architectes, les historiens et les archéologues à la recherche d’une image à donner de Babylone. Car le mal est là. Nous n’avons presque rien. Quelques traces à peine qui furent à jamais recouvertes par un Saddam Hussein soucieux de prolonger le mythe babylonien pour servir sa propre image, en faisant reconstruire une Babylone sur les lieux même du site archéologique. Les Américains qui envahirent l’Irak en 2003 s’installèrent aussi sur le site, détruisant les quelques restes jusqu’alors conservés et protégés par le sable, en roulant inlassablement avec leurs voitures et leurs chars sur un terrain fragile.

Babylone, l’immortelle sans cesse copiée

Babylone fut un modèle de gouvernement et de conception architecturale et décorative pour de grandes capitales qui auraient à rayonner sur le monde. Ce fut le cas de Suse, capitale administrative des perses achéménides, dont les rois décorèrent les palais à partir de briques colorées de types babyloniennes (visibles au Louvre). Plus tard, Séleucie, Ctésiphon et Samarra, construisirent leur cité sur le modèle architectural babylonien. Bagdad, capitale abbasside, rayonna tellement sur le Proche et Moyen-Orient au Moyen Age qu’elle fut comparée – parfois même assimilée – à la Babylone antique. Il est vrai qu’en ce temps là, la vraie Babylone n’était plus qu’une grosse colline de sable sur lequel les voyageurs passaient sans savoir qu’ils marchaient alors sur une des cités les plus remarquables et les plus fascinantes de l’histoire de l’humanité.

Ce fut ensuite pendant la Renaissance, au moment de la diffusion des savoirs antiques qui bénéficiaient de l’invention cruciale de l’imprimerie, que la cité fut la plus fantasmée. Rome ou encore Florence se construisaient une nouvelle identité européenne et une hégémonie culturelle dont l’architecture allait devenir le fer de lance. Babylone fut donc, à l’instar d’Athènes et de Rome, une des cités modèles. Et aujourd’hui encore, bien que parfois détestée pour le stupre et la luxure qu’elle évoque, Babylone ne laisse pas indifférente. Elle restera à jamais dans la mémoire des hommes malgré le destin architectural qu’elle a subi au IIe siècle de notre ère lorsque. Abandonnée, elle retourna à la terre, rejoignant les grandes capitales sumériennes – Ur, Uruk, Lagash, Girsu, Kish, Nippur - qui l’avaient précédée et dont elle avait su s’inspirer aussi pour devenir le centre du monde antique.

Sources:

  • F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne , Paris, 2001
  • J.-L. Huot, Une archéologie des peuples du Proche-Orient , tome II, Des hommes des Palais aux sujets des premiers empires (IIe-Ier millénaire av. J.-C.) , Paris, 2004
  • Maximilien Lormier, Relations diplomatiques et culturelles entre Mari et la Babylonie aux XIXe et XVIIIe siècles av. notre ère , UVSQ, 2007
  • B. André-Salvini, Babylone , Paris, 2009

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