Khéphren de Gizeh, l'image d'un pharaon vieux de 4500 ans

Outre sa pyramide à Guizeh, le pharaon Khéphren nous est connu grâce à une des plus remarquables statue que l'Egypte pharaonique nous a laissée.
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Khéphren, quatrième pharaon de la IVe dynastie (-2625 à -2510), a régné sur l’Egypte entre environ -2558 à -2533. Nous ne connaissons de ce roi que ses grandes constructions et sa nombreuse statuaire. Il fut le bâtisseur de la seconde pyramide de Gizeh, de sa pyramide satellite et, toujours à Gizeh, de deux temples funéraires, l’un sur le plateau, l’autre dans la vallée. Sur le plateau, Khéphren aurait fait construire le célèbre sphinx, lequel porterait les traits du souverain, aujourd’hui détérioré par le temps et les guerres (son nez a été brisé par les Mamelouks au XVIe siècle de notre ère).

Khéphren assis ou Khéphren au faucon: une merveille du monde antique

Cette splendide statue représentant le pharaon assis a été découverte en 1860 par l’archéologue français Auguste Mariette, à l’intérieur d’un puits du temple de Khéphren dans la vallée de Gizeh. Conservée au musée du Caire, elle est considérée à juste titre comme un chef-d’œuvre de l’art égyptien par les égyptologues et les historiens d’art. Elle a été taillée dans un bloc de gneiss anorthositique provenant des carrières de Nubie au sud de l’Egypte. Sa hauteur atteint 1,68 m ce qui pourrait signifier une représentation à l’échelle du souverain. Le gneiss anorthositique est une roche très difficile à tailler, mais qui a la particularité optique très rare de rayonner d’une couleur bleutée à la lumière du soleil.

Cette particularité devait offrir une aura divine et magique à la statue. Malheureusement cette dernière est aujourd’hui éclairée par les lumières artificielles du musée qui ne reflète pas sa belle couleur bleutée.

Le roi est assis sur un trône bas dont les côtés sont décorés du sema-taouy – association du hiéroglyphe sema , signifiant union, et u hiéroglyphe des deux terres d’Egypte, symbolisée chacune par une plante : le papyrus pour le nord et une fleur de lotus pour le sud. Le motif du trône royal rappelle que le roi est le garant de l’unité entre la Haute et la Basse Egypte.

Simplement vêtu d’un pagne chendjit finement plissé, le roi est coiffé du némès surmonté d’un cobra uroeus collé à la coiffe. Une barbe, attribut de sa fonction de pharaon, est attachée à son menton. Son bras gauche est posé sur sa cuisse et sa main à plat sur son genou. Son bras droit est lui aussi posé sur sa cuisse mais son poing droit est fermé et devait probablement tenir le mekes , rouleau de papyrus contenant le «testament des dieux», texte qui confiait le pays au roi.

Le pharaon, être qui évoque l’éternité, le pouvoir et la justice, est figé, serein et le visage bienveillant. Il mène également ses hommes à la victoire, son corps est donc athlétique. Son visage est celui d’un homme jeune dégageant une grande maturité. Même âgés, les pharaons, à l’image de Ramsès II, se faisaient toujours représente jeune.

Bien que légitimé par le trône, les inscriptions et les attributs royaux, le pharaon est accompagné par le dieu dynastique à tête de faucon, Horus, qui protège le souverain en enserrant sa nuque de ses ailes. La présence d’Horus est tout aussi symbolique que sa sculpture est harmonieuse dans la composition de cette œuvre. Le faucon ne dépasse pas la coiffure royale et ne déséquilibre pas la vision, car il est impossible de le voir autrement que de profil.

Que retenir?

La statuaire royale de l’Ancien Empire en Egypte est une des plus riches que nous ait laissé cette brillante civilisation. La statue du pharaon remplissait des fonctions politiques et religieuses où le corps du souverain exprimait à la fois bienveillance, puissance et sagesse. Autant de qualités que l’on pourrait sans problème rapprocher de celles des dieux tous puissants. La statuaire royale voulait montrer que le pharaon était à la fois homme et dieu et qu’on lui devait respect et obéissance. La magnifique statue du pharaon Khéphren illustre à la perfection ces fonctions. On retiendra toutefois, autant que l’aspect psychologique, l’aspect esthétique de cette représentation qui impose un grand respect. A n’en point douter, au vue des différentes statues et autres représentations que nous a laissées ce souverain, nous possédons avec cette statue une représentation, certes idéalisée, mais ressemblante de ce pharaon qui a régné il y a plus de 4500 ans.

Sources:

  • Guillemette Andreu , L'Egypte au temps des pyramides, troisième millénaire avant J.-C , Paris, Hachette littérature, 1994
  • Nicolas Grimal, Histoire de l'Egypte ancienne , Paris, Fayard, 1995
  • Nicolas Grimal, L es Critères de datation stylistiques à l'Ancien Empire , Le Caire, BdE, 1998

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