La Grande Odalisque de Jean-Auguste-Dominique Ingres

La Grande Odalisque (1814) est aujourd'hui vénérée comme une ode à la beauté et non à la perfection.
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La Grande Odalisque est une œuvre maîtresse de Dominique Ingres (1780 – 1867). Elle fut commandée par la sœur de Napoléon, Caroline Murat, qui fut notamment reine de Naples en 1813. Exposée au musée du Louvre au milieu de bien d’autres chefs-d’œuvre, la toile représente une femme nue allongée sur un divan turquoise recouvert de draps blancs. Son visage angélique dénué d’expression est tourné vers le spectateur. Le titre de la peinture signifie « femme de harem » et est une ode à l’Orient des sultans et des califes fantasmée au XIXe siècle en occident et tout particulièrement en France.

Une femme d’orient, objet de tous les fantasmes

Du drapé aux accessoires tout se reporte à l’orient fantasmagorique. Nous sommes presque invités à un de ces merveilleux contes des milles et une nuit. Le luxe est présent partout. La femme, objet de plaisir et de désir, semble se tourner vers nous lentement devant nos yeux. Est-ce un appel, une invitation à la rejoindre ? Le regard fixe, elle semble inviter le spectateur à s’allonger à ses côtés. Afin de recréer la beauté et la sensualité, Ingres a peint un nu aux lignes allongées et sinueuses sans tenir compte de la vérité anatomique. Le cou se tourne vers nous dans un 180° improbable tandis que le nombre des vertèbres du dos ont été considérablement exagérés.

Un corps entouré de luxe

Le corps de la belle favorite est baigné d’une lumière égale, laissant l’ensemble de la peau apparaître comme un reflet très pur. Ingres aimait reproduire le luxe étranger. Influencé par les enluminures persanes de l’époque qui fleurissait dans toute l’Europe, le peintre avait su rendre aussi réaliste que possible les détails de la texture des draps et des peaux, les bijoux et les pierres précieuses ainsi que le magnifique chasse-mouche dont les plumes accompagnent d’une caresse érotique la main droite posée négligemment sur le mollet gauche. La boîte à encens sur le côté accompagne la composition comme pour donner à la scène une senteur exotique qui saura exacerber les sens du spectateur, déjà ébloui par tant de beauté et de richesse. Comment ne pas tomber amoureux de la femme et de son environnement.

La Grande Odalisque est aujourd’hui vénérée comme une ode à la beauté et non à la perfection. Mal accueillie par le public, elle est depuis considérée comme une des plus belles œuvres du XIXe siècle et une digne représentante de la magnificence féminine.

Source:

Jean Jacques Lévêque, L'Aube de l'impressionnisme : 1848-1869 , Paris, 1994

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