L'armement en Mésopotamie aux IIIe et IIe millénaires

L'homme a toujours fait la guerre. Il attaque et il se défend. En Mésopotamie, là où nait la civilisation, comment et avec quelles armes la faisait-on?
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L'armement est assez bien documenté par les textes de l’antique cité de Mari en Syrie. Fouillée depuis 1933 par André Parrot, Jean Claude Margueron et Pascal Butterlin, la ville détruite par Hammurabi de Babylone vers 1759 av. notre ère, recelait de milliers de tablettes cunéiformes décrivant la vie à Mari sur plus d’une trentaine d’années. La guerre faisait partie des impondérables à cette époque. Mari connaîtra sous son dernier roi Zimri-Lim une intense période guerrière notamment contre l’empire d’Elam, puis contre la ville d’Eshnunna et à sa fin contre Babylone. Aussi, il est normal que les archéologues aient retrouvé des traités militaires décrivant comment et avec quoi on faisait la guerre. Voici un bref résumé des armes et des techniques de guerre au cours des IIIe et IIe millénaires en Mésopotamie.

Les différents types d'armes

Tout l'armement se définissait comme un « paquetage militaire » appelé riksum. L'arme proprement dite, en bronze, se disait shukurrum , mais désignait aussi bien la javeline, la « force armée » que le service militaire. A noter que les armes à Mari - et on peut le supposer dans d'autres grandes cités - n'étaient fabriquées qu’en cas de besoin imminent car le bronze manquait, étant importé de régions lointaines telles que l’Anatolie.

Les armes peuvent se différencier en deux catégories: les armes d'attaque et de protection. Comme de nos jours, les armées mésopotamiennes cherchaient avant tout à éviter le corps à corps. Voilà pourquoi on retrouve, dans les armes d'attaque les plus souvent mentionnées, des armes de jet ( kattappum) telles que la javeline (s hukurrum ) et des arcs composites et simples ( tilpânum - qâshtum). On trouve également d'autres armes de jet comme les frondes ( waspum ) et les lances ( imittum ). Enfin, il arrivait bien un moment où les hommes se rencontraient, l'épée ( namsarum ) devenant ainsi l’arme la plus appropriée.

Les armes de protections se composaient d’un casque pour la tête ( qurpîsum ), un bouclier ( sinnatum ) ou encore, pour les hommes les plus importants, une protection pour la poitrine.

Techniques militaires

- La défense

Il existe peu de récits d'affrontements militaires, les vainqueurs ne célébrant souvent que la ferveur du roi massacrant ses ennemis, mais on connait quelques « techniques ». D'abord voyons comment on peut se défendre: l’armée peut faire retraite ( patârum ) devant l'ennemi ou bien lui tendre des embuscades ( shubtum ). Depuis les premiers villages, les hommes se protègent. Aussi pour mieux se défendre, la ville assaillie devait être entourée de murailles. C'est pour cela que la première chose que devaient faire les rois était de « fortifier une ville » ( âlam epêshum ) – comprenez par là que « fortifier » voulait dire également « entretenir ». Il confiait cette tâche primordiale à de véritables spécialistes des « techniciens de fortification » ( eppêshum ) car si la ville résistait bien, rien n'empêchait les assaillis de faire quelques « sorties militaires » ( tûsîtum ) hors des murailles. En revanche, dans le cas contraire, les habitants pouvaient encore se réfugier dans la forteresse de la cité ( kirhum ).

Les murs faisaient souvent plusieurs mètres d’épaisseur et étaient fabriqués à base de briques d’argile. L’apogée sera atteint par les triples remparts de la ville de Babylone sous Nabuchodonosor II au VIe siècle av. notre ère. Ils étaient si imposants qu’ils furent longtemps considérés comme une merveille du monde antique avant d’être « recalés » au profit du phare d’Alexandrie.

- L'attaque

Les armées en campagne ou en siège, ainsi que leur roi qui marchait à leur tête, prenaient quartier dans un camp militaire ( karâsum ). La technique de siège consistait à former, par entassement de terre, une rampe ( epêrum ) donnant accès aux sommets des murs. Cette entreprise était périlleuse car elles se mettaient à la merci des jets de lances, pierres et flèches des défenseurs. Aussi le plus simple était de se rapprocher des murs sous la protection de planches de bois que formaient des tours d'assaut ( dimtum ) auxquelles étaient fixés des béliers ( yâshibum ) pour défoncer les murs. Il s'agissait de poutres où étaient fichées des pointes de métaux pour détruire les murs. Souvent les tours d'assaut et les béliers n'étaient pas confectionnés sur place mais accompagnaient l'armée dans tous ses déplacements.

Enfin, il faut noter que des béliers qui apportaient la victoire, pouvaient être considérés après usage comme des objets de dévotion et déposés dans des sanctuaires. Depuis les tours d'assaut pouvaient être installées des passerelles en bois ( hummudâyu ), tandis qu'en bas des remparts les soldats pouvaient utiliser des échelles ( simmiltum ) et des grappins ( kalbum ) après que l’assaut ait été donné.

Sources:

  • Jean Marie Durand, Les documents épistolaires du palais de Mari I, II et III, Editions du Cerf.

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