Le Code Hammurabi : un texte juridique pour l'empire babylonien

Le code Hammurabi n'est pas le texte juridique le plus ancien de l'humanité, mais il est le plus célèbre. Voyons comment il se compose.
117

Le code Hammurabi est le plus remarquable par son ampleur, ses innovations juridiques et sociales. Sa postérité, au cours des âges, est un témoignage magnifique de la personnalité du véritable fondateur de la mythique Babylone, Hammurabi (1792 – 1750).

La représentation stylistique

Le sommet de cette haute pierre est cintré par une représentation en relief du souverain babylonien, Hammurabi, face au dieu de la justice et du soleil, Shamash. Il s'agit d'une cérémonie d'investiture. Le roi reçoit de la très juste divinité les insignes de son autorité, ce qui signifie qu'il pourra commander les hommes, les administrer et les juger. Shamash tend un cercle et un bâton (sceptre) représentant les emblèmes de la souveraineté mésopotamienne. Les deux personnages sont clairement reconnaissables. Le dieu est entouré de rayon de soleil qui l’illumine et qui rappelle le caractère solaire de sa divinité. Il trône devant le roi, plus grand, et est coiffé de la tiare à quatre rangs de cornes qui sont les attributs divins. Ses pieds sont posés sur un piédestal dont le décor évoque les monts Zagros à l’est de la Mésopotamie, montagne dont la divinité solaire surgit tous les matins.

Le roi de Babylone détient également les attributs de sa fonction. Il porte la coiffure et l’habit des rois et arbore une barbe royale. Il est représenté debout, faisant face à la divinité. Sa main droite est levée devant la bouche en signe de respect et de dévotion. La tête d’Hammurabi est recouverte d’un large bonnet qui laisse descendre les longs cheveux bouclés du souverain jusqu’à sa nuque. Le roi est représenté idéalisé. A l’instar des pharaons d’Égypte, Hammurabi est jeune et bien fait. Il représente le roi en activité, le bâtisseur de l’empire.

Un code unique pour tout l’empire

Hammurabi régna longtemps sur le trône de Babylone: quarante-trois ans environ. Au cours de ce règne, par son ingéniosité diplomatique et sa force militaire, le roi parvint à réunir l’ensemble du monde mésopotamien sous son pouvoir, désormais centralisé autour de Babylone. A la tête d'une population de plusieurs centaines de milliers de ruraux et d'urbains, aux coutumes et aux mœurs variées, le roi imposa dans son empire un seul code législatif: le code Hammurabi.

Ce recueil de lois fut rédigé tout au long de son règne et non en une seule fois, permettant ainsi l’adaptation du roi et de ses nouveaux «sujets» à la vie en communauté au sein de l’empire. Le texte qui est gravé sur l’exemplaire du Louvre comporte 4 000 lignes dont 51 colonnes. La législation en occupe la majeure partie (41 colonnes). L’ensemble se compose de deux parties littéraires distinctes: le prologue et l’épilogue qui encadrent les lois sont rédigés dans une forme plus littéraire afin de magnifier les propos du roi. Enfin, les lois sont écrites avec un style plus simplifié et un ton plus directeur et sec.

Le prologue est une autoglorification du roi qui explique la décision des dieux de lui avoir accordé le droit de gouverner les hommes. Il est brave, pieux et juste. Hammurabi y fait inscrire son histoire: comment il fut investi dans son rôle de protecteur des cultes, du faible et de l’opprimé. En outre, le prestige de la ville est narré puisque Marduk, dieu tutélaire de Babylone, est choisi parmi les dieux comme étant le roi des dieux, légitimant ainsi la position centrale de sa cité. Enfin, le roi énumère les lieux de culte et les villes soumises à son autorité.

Le corps central du code est bien évidemment consacré aux lois. La pratique, expliquée dans le code, voulait que celui qui était lésé se fasse lire la loi qui correspondait à son litige. Le code couvre tous les litiges – adultère, meurtre, blessure, ouverture d’un cabaret – qui soit de droit civil ou de droit pénal.

Le code resta longtemps dans la postérité. Il fut recopié pendant mille cinq cents ans pour être préservé. Les codes étaient également étudiés et recopiés par des apprentis scribes et on en gardait des copies dans les bibliothèques. Les lois bibliques reflètent la même mentalité que celles d’Hammurabi, dont la plus célèbre illustration est la loi du talion: «Tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied» ( Livre de l’Exode , XXI, 23-25). «Si un homme détruit l’œil d’un autre homme, alors son œil devra être détruit ; si un homme casse la dent d’un autre homme, alors sa dent devra être cassée» ( Code Hammurabi , 196,200).

Sources

  • Dominique Charpin, Hammu-Rabi de Babylone , Presses Universitaires de France, Paris, 2003
  • Maximilien Lormier, Relations diplomatiques et culturelles entre Mari et la Babylonie aux XIXe et XVIIIe siècles av. notre ère , UVSQ, 2007

Sur le même sujet