Le site et la création de la mythique Babylone

Babylone l'éternelle, n'est pas un souvenir oublié mais une ville de légende dont l'emplacement et la fondation restent bien mystérieux.
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Babylone ne fut jamais oubliée, la Bible se chargeant d’en rappeler le souvenir en des termes peu glorieux. Pourtant, elle resta, pour bon nombre de croyants, une ville mythique chargée du symbole du péché bien que fascinante au premier abord. Savaient-ils, tous ceux qui ne faisaient que réciter inlassablement les écrits de l’Ancien Testament, que Babylone a bien existé et que son emplacement dans l’antique terre de Mésopotamie n’a jamais été oublié.

Ce que nous savons

Construite au milieu du IVe millénaire, sur un bras de l’Euphrate – un des quatre fleuves mythiques du jardin d’Eden – à environ 90 kilomètres au sud de la plus moderne Bagdad, Babylone fut visitée, explorée et même parfois fouillée (pillée serait plus exacte) au cours des siècles. Elle resta cependant un mystère pour tous ses visiteurs. Se référant aux traditions, le touriste s’attendait forcément à des constructions grandioses et à fouler du sable qui n’aurait été qu’un tapis d’or. Aucunement. La vieille cité était faite de terre et retourna très vite à son état terreux une fois le site abandonné aux premières lueurs du christianisme vers le IIe siècle de notre ère. Grecs, Romains, Arabes et Juifs passaient parfois à côté d’un gros monticule de terre sans savoir que sous ses tonnes de sable se trouvait la plus grandiose des villes de l’Antiquité. L’une de ses collines de ruines, abritant les vestiges d’un palais du très célèbre roi Nabuchodonosor II (605-562 av. notre ère), gardait même le souvenir de la ville par delà les âges à travers son nom: Babil.

Un village arabe s’y implanta au Moyen Age en conservant les souvenirs et le passé merveilleux de la butte de terre sur laquelle il s’était installé. La Mésopotamie – terre entre deux fleuves – conserva son appellation jusqu’à ce qu’Hammurabi, au début du second millénaire, crée un empire dont Babylone devint la capitale militaire, culturelle et religieuse. Désormais, on l’appellerait la Babylonie.

Babylone la maudite attirante

L’importance accordée à ce lieu déchu de sa gloire passée s’explique par le nombre impressionnant de souvenirs glorieux qui illustrent fort bien l’importance des ruines et de ses étendues dans le désert irakien des siècles après sa chute. Les cartes du Moyen Age ne montrent-t-elles pas la Babylone maudite par la Bible dans une position centrale, quasi équivalente à Jérusalem? Malheureusement pour elle, Babylone resta et restera encore longtemps attachée à l’histoire de la tour de Babel et à la déportation des juifs. Babylone est donc responsable du mélange des langues de l’humanité et de la première diaspora juive. Cet aspect négatif est une étiquette que Babylone ne parvient toujours pas à se décoller malgré l’effort répété des historiens à montrer Babylone comme « une coupe d’or entre les mains de Yahvé » (Ancien Testament).

L’histoire des origines de Babylone, selon les sources cunéiformes, est elle aussi entourée d’une atmosphère particulière et d’un mystère ambiant qui plait tout autant qu’il frustre l’historien en quête de savoir. Les données archéologiques sont inexploitables puisque la nappe phréatique, due à la proximité du fleuve, empêche toute exploration des niveaux les plus bas. Les mentions textuelles de Babylone remontent au plus tard vers 2400 av. notre ère, ce qui en fait une ville fondée tardivement comparée au fleurissement des cités sumériennes construites pour la plupart dès le IVe millénaire. De surcroit, Babylone n’est pas citée parmi la compilation des villes ayant connu le Déluge.

Babylone est un mystère doux et magique qui appelle l’imagination de l’historien, de l’amateur et même du croyant, à imaginer un monde fantasmagorique où tout était trop beau pour avoir vraiment existé. Et pourtant, elle a existé!

Sources

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