L'expédition d'Egypte de Bonaparte: naissance de l'Egyptolgie

La grande histoire napoléonienne prend racine en Égypte. C'est pendant son expédition que la science égyptologique commence elle aussi sa fabuleuse épopée.

Le 19 mai 1798, le général Bonaparte, futur Napoléon, embarqua à Toulon à la tête d'une flotte de 328 navires. Partaient avec lui, 38 000 hommes avec des armes, du matériel de guerre, des chevaux et des vivres. Cette flotte avaient pour but d'anéantir les Anglais en Méditerranée, de contrôler les mers, d'atteindre les Indes et de s'affranchir des Anglais sur l'ancienne route de la soie.

L'expédition militaire

Le premier but de l'expédition fut donc l’Égypte qui se libérerait de la domination turque. Bonaparte voulait conquérir le pays des pharaons et entreprendre des grands projets de construction. Le plus visionnaire fut son projet de construction d'un canal de Suez vers la mer Rouge pour raccourcir la route maritime des Indes, qui contournait alors le cap de Bonne-Espérance au sud de l'Afrique.

Le 2 juillet, les Français prirent d'assaut Alexandrie. La ville portuaire, jadis créée par Alexandre le Grand, un des modèles du général, ne résista pas. Le 21 juillet, à la bataille de Gizeh, au pied des pyramides millénaires, les Français anéantirent plus de 10 000 mamelouks égyptiens. L’Égypte tombait entre les mains du général qui, quelques instants après la bataille, prononça ces mots demeurés célèbres: «Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent!»

Prévenu des projets «pharaoniques» des Français, l'amiral anglais Nelson battit malheureusement la flotte française à Aboukir. Et, observant sa proie, Nelson empêcha tout renfort venant de France, attendant le moment où, désespéré, Bonaparte tenterait de s'enfuir, pour le cueillir et le ramener en triomphe à Londres. Piégée, l'armée resta trois ans en Égypte, jusqu'en 1802, avant de pouvoir rentrer en France. Pourtant Nelson ne parvint jamais à ses fins: Bonaparte parvint à ré-embarquer en secret. Le 23 août 1799, il débarqua en France où il allait débuter une nouvelle page glorieuse de sa vie.

L'expédition scientifique

L'expédition d’Égypte n'avait pas qu'un but militaire et stratégique mais également scientifique. Parmi les soldats, 175 savants dont les desseins seraient d'approfondir les connaissances sur l’Égypte pharaonique, délaissées et oubliées pendant la période musulmane. Des géographes, des historiens, des mathématiciens, tous débutèrent leurs travaux dès leur arrivée en Égypte. Parmi eux, un baron aux talents de dessinateur: Dominique-Vivant Denon. A l'instar de Champollion qui, des années plus tard, déchiffra les hiéroglyphes, Denon est le premier qui fit rêver la communauté scientifique. Face aux pyramides et aux multiples traces laissées par les Egyptiens de l'Antiquité, Denon multiplia les croquis qu'il publia en 1802 dans son livre Voyage en Haute Égypte . En 1813, il édita une colossale Description de l’Égypte en 24 volumes. Ses descriptions et ses dessins – malgré beaucoup d’approximations et d’erreurs excusables – sont à l'origine de l'engouement français pour l’égyptologie. Il décrivit le Nil et ses flots impétueux, les 67 pyramides qu'il recensa à Guizèh, explora des chambres funéraires et des sarcophages et surtout s'émerveilla, tout en s'interrogeant, sur les hiéroglyphes.

L'expédition d’Égypte, malgré son caractère militaire, est le point de départ d'une science qui fascine et qui fascinera encore longtemps. L’égyptologie doit beaucoup aux savants français. Leurs travaux furent ensuite très allègrement repris par les savants anglais qui remplacèrent les Français après leur retrait des terres d’Égypte.

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