Pépi II, le pharaon au plus long règne d'Egypte

Pépi II n'est pas aussi célèbre que Ramsès II ou encore Akhénaton, pourtant il les dépassa par son temps passé sur le trône d'Egypte: 96 ans!
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On situe le très long règne de Pépi II, le dernier pharaon de l’Ancien Empire, entre 2260 et 2165 av. notre ère. Succédant à Mérenrê, il monte sur le trône d’Egypte et y restera près de 96 ans !

Le règne de Pépi II

Cherchant à renforcer ses liens familiaux, Pépi II contracte un mariage avec sa demi-sœur Neith et sa nièce Ipouet. Il épousera une troisième femme du nom d’Oudjebten. Voulant accroître son pouvoir et la puissance de l’Egypte, il multiplie les expéditions en Nubie. Nous connaissons une partie du règne de Pépi II par les riches inscriptions du gouverneur d’Eléphantine, Horkhouf, qui dans sa chapelle raconte les expéditions militaires et commerciales effectuées de son enfance à l’âge adulte. Des anecdotes amusantes nous ont ainsi été livrées du fond des âges: alors qu’il est encore tout jeune, Pépi reçoit en cadeau un nain danseur que le futur pharaon va adorer.

Les échanges avec la Nubie vont peu à peu s’adoucir et devenir plus commerciaux. Pépi II organise de longues processions de caravanes afin de multiplier les échanges entre l’Egypte et son voisin nubien. C’est en revanche des escapades militaires que le pharaon va réaliser au Sinaï, dans le pays de Pount (Nord de la Somalie ?) puis au cœur de l’Afrique éthiopienne. Le but escompté étant de mettre la main sur les exploitations de pierres et de mines qui manquent au pays. Entre temps, comme tout bon croyant, le pharaon prépare son passage vers l’au-delà en faisant bâtir à Saqqarah une pyramide haute de 52 m à laquelle s’ajouteront les trois petites pyramides de ses reines. L’Egypte de Pépi II reste puissante mais la fin de son règne marque l’achèvement d’une époque et de l’extraordinaire Ancien Empire.

Une fin de règne délicate

Du fait de son âge, l’entourage de Pépi II et les pouvoirs, tant locaux que spirituels, vont tenter de s’émanciper de la tutelle toute puissante et centralisatrice du pharaon. Les administrateurs des provinces du roi – les nomarques – tendent à acquérir des pouvoirs autonomes et ainsi installer leur dynastie à la tête de la région. Les prêtres du tout puissant clergé d’Héliopolis s'enorgueillissent et affirment leurs ambitions politiques. Enfin, la famille du roi complote sans cesse pour recueillir les dernières faveurs d’un pharaon dépassé par le poids de sa fonction. Les lamentations du papyrus d’Ipou-Our, un scribe ayant vraisemblablement connu la fin du règne de Pépi II, décrivent une Egypte à l’administration corrompue si ce n’est inexistante, et où les paysans ne cultivent plus, ne payent plus leurs impôts et abandonnent les cultes aux dieux. Annonçant la mort prochaine de la dynastie régnante, il compose d’un air prophétique:

« (…) l’âge d’or sera oublié.

Règneront la violence, le crime et le vol (…)

La hiérarchie sera détruite, toutes les valeurs seront inversées (…)

On ne célèbrera plus les rites, on ne présentera plus les offrandes aux divinités;

le Palais royal sera pillé, la momie de Pharaon profanée, les lois seront piétinées et les secrets trahis (...)

Mais quelques uns refuseront tant de malheurs et l’espoir renaîtra dès qu’il se souviendront des vraies valeurs.

Si Pharaon est conscient de ses devoirs et honore la Maât, le temps du bonheur reviendra (…)»

Ipou-Our a eu raison. Après le court règne du fils de Pépi II, Mérenrê Emtysaef et de la pharaonne Nicrotis, s’ouvre le temps des vrais désordres politiques avec la Première Période intermédiaire (environ de -2180/-2150) auquel succèdera le Moyen Empire. Le record d’ancienneté de Pépi II a affaibli l’Egypte.

Sources:

  • Guillemette Andreu , L'Egypte au temps des pyramides, troisième millénaire avant J.-C , Paris, Hachette littérature, 1994
  • Nicolas Grimal, Histoire de l'Egypte ancienne , Paris, Fayard, 1995

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