L'enseignement des sages-femmes au XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, Marguerite du Coudray articula l'enseignement des sages-femmes autour d'une ingénieuse machine.

Au XVIIIe siècle, l'Etat prend conscience de la force vive que constitue la jeunesse. Les dirigeants s'indignent alors du fort taux de mortalité au moment de la naissance. Afin d'améliorer les conditions d'accouchement, ils souhaitent proposer aux parturientes l'assistance de femmes formées à l'obstétrique.

La matrone

Jusqu’au XVIIIe siècle, lors de la venue au monde d’un bébé, la mère n’était pas aidée par un médecin ou une sage-femme comme aujourd’hui mais par une matrone. C'était, le plus souvent, une femme assez âgée, sans formation médicale, mais ayant une grande expérience de la vie. Chaque village en possédait une. Malheureusement, si l’accouchement se déroulait mal, la matrone, ne pouvait pas sauver la vie de la mère et de l’enfant, faute de connaissances.

Popularisation des sages-femmes

Au XVIIIe siècle, une femme, Marguerite de Coudray, révolutionna le monde de l’obstétrique en créant un enseignement médical spécifique aux naissances. Pour que ses cours soient efficaces, il fallait qu’elle se rende dans les campagnes afin de former des jeunes filles. Les sessions de cours duraient plusieurs semaines. A la fin, les demoiselles passaient un examen devant des médecins qui vérifiaient leurs connaissances.

Invention de la "machine"

Le taux de scolarisation étant très faible, toutes les jeunes élèves ne savaient pas lire. Afin de former au mieux les futures sages-femmes, Mme Du Coudray inventa une machine révolutionnaire. Elle s’inspira des mannequins utilisés dans les cours de médecine. Sa machine représentait un bassin de femme autrement dit le bas ventre et le haut des jambes. Elle reproduisit à l’identique et en tissu tous les organes et parties du corps nécessaires à l’accouchement. Des fils de couleurs figuraient les différentes veines et artères. Chaque partie du mannequin était démontable. Le ventre pouvait s’ouvrir et se fermer grâce à des rubans. Elle fabriqua également un bébé de chiffon, une petite fille pour être exacte, parfaitement réaliste. Elle possèdait 10 doigts et 10 orteils, deux oreilles facilement identifiables et une bouche ouverte avec une langue. Sa taille était celle d’un vrai nouveau-né.

Le mannequin et la poupée servaient à mimer les différentes étapes d’un accouchement. Les futures sages-femmes apprenaient ainsi à manipuler la mère et l’enfant.

La dernière "machine" de France

Plusieurs centaines de machines furent fabriquées et distribuées dans toute la France lors des sessions de cours de Mme de Coudray. Fragiles et très manipulées, elles ont pratiquement toutes été détruites. Une seule a été conservée. C’est celle donnée à la ville de Rouen en 1778. On l’appelait un «fantôme». Elle n’était pas utilisée en cours mais servait de modèle pour réparer les mannequins abimés. C’est pour cette raison qu’elle est restée en bon état. Elle est actuellement visible au musée de la Médecine de Rouen.

Grâce à son invention, Marguerite Du Coudray forma environ cinq milles sages-femmes dans toute la France. Elle permit ainsi d’améliorer les conditions d’accouchements et d’épargner de nombreuses vies.

Sources:

  • Angélique Marguerite Le Boursier du Coudray, Abrégé de l'art des accouchements, Debure père, 1777, 208 pages.
  • Nina Rattner Gelbart, King's Midwife: A History and Mystery of Madame Du Coudray , University of California Press, 1999, 358 pages.

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