Vers l'interdiction du kit mains-libres au volant

La Mission d'information parlementaire sur la sécurité routière annonce une éventuelle interdiction du kit mains-libres au volant.
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Un accident sur dix serait dû à l'utilisation du téléphone au volant. C'est ce qu'a révélé une récente enquête menée conjointement par l'Inserm et l'Institut Français des Sciences et Technologies du Transport (IFSTTAR). Afin de réduire le nombre d'accidents de la route, le député Philippe Houillon, porte-parole de la mission d'information parlementaire sur la sécurité routière, a annoncé mercredi une quarantaine de mesures dont l'interdiction des kits mains-libres au volant. Toute personne utilisant ce système risque le retrait de trois points, au lieux de deux auparavant pour l'usage du téléphone lui-même, sur son permis de conduire.

Une mesure pas encore appliquée

Il ne s'agit toutefois que de suggestions et non pas de propositions de loi. Avant d'être adoptée, cette mesure devra faire partie du rapport rendu public le 19 octobre. Ce dernier devra être adopté par la mission parlementaire avant d'être remis au premier ministre d'ici à la fin de l'année, nous explique-t-on dans l'entourage de Philippe Houillon. Sa mise en oeuvre dépendra alors directement du gouvernement. Pour l'instant, « la mission se contente de constater les faits », explique Dominique Langlet, porte-parole de la ligue contre la violence routière dans la Sarthe, l'un des départements où l'on compte le plus de tués sur la route en France. Selon lui, « l'usage du kit mains-libres aurait du être interdit depuis bien longtemps ».

L'utilisation du kit mains libres multiplie par 3 le risque d'accident

Il est vrai qu'avoir une conversation téléphonique en conduisant multiplie le risque d'accident par trois. Selon une étude réalisée par l'Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS), l'utilisation du téléphone au volant baisse considérablement l'attention du conducteur avec la réduction du temps de réaction, la possibilité de se déporter sur la route et le rétrécissement du champ de vision.

Il faut s'arrêter pour téléphoner

La solution ? « Il n'existe pas d'alternative. Quand on a un appel, il faut s'arrêter si l'on veut répondre » , soutient Dominique Langlet . S'arrêter pour téléphoner, voilà une pratique qui n'arrange pas les professionnels qui jonglent sans cesse entre la voiture et les coups de téléphone. « Si je dois m'arrêter à tout bout de champ pour répondre à un client, je perdrais un temps fou. Je ne peux pas me le permettre » , assure Christian Moulin, responsable du service après-vente sur des machines-outils . Philippe Pouey, directeur commercial à Ineo Tertiaire IDF, renchérit : « Le temps de parcours sans téléphone devient un temps improductif et donc inutile ».

Le kit mains-libres, un système intégré à la voiture

D'autres, comme l'association 40 millions d'automobilistes, demandent la réglementation de la définition du kit mains-libres. « L'oreillette piéton est très dangereuse. Il faut la remplacer par un système intégré à la voiture, qui fonctionne par commande vocale et qui filtre les appels entrants » , expose Laurent Hecquet, porte-parole de l'association. Ainsi, la société Parotte exploite le système Ange Gardien qui permet de filtrer jusqu'à 70 % des appels entrants grâce à une messagerie vocale qui prévient que l'interlocuteur demandé est en train de conduire et qu'il ne pourra répondre qu'en cas d'urgence.

"Si l'on interdit le téléphone au volant, tout le monde sera dans l'illégalité"

« On ne peut pas interdire l'utilisation du téléphone en voiture car il fait partie de notre vie quotidienne et tout le monde serait dans l'illégalité », soutient Laurent Hecquet . Philippe Pouey en est la preuve. « Pendant une période, je m'étais dit que je ne toucherais plus au téléphone en conduisant, mais c'est impossible. Au bout d'un moment, on craque ». D'autant plus qu'un appel peut rendre plus serein, surtout s'il s'agit d'une urgence.

La présentation de ce pré-rapport a soulevé une nouvelle fois des interrogations sur l'usage du kit mains-libres. « On en revient au même débat qu'avec la radio et les cassettes audio, se souvient le porte-parole de 40 millions d'automobilistes ». Si l'histoire ne se répète pas, les automobilistes peuvent espérer qu'elle bégaie.

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