Exhortation à la relance du photovoltaïque

A l'instar de l'ADEME, faisons vite, ça chauffe ! La filière photovoltaïque en panne de confiance ne doit pas être abandonnée.
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L’avenir énergétique passe inévitablement par le développement impérieux des énergies renouvelables. Certains Etats, tels l'Allemagne et le Japon, l’ont judicieusement pressenti, qui ont hâté la mise en place des structures de déploiement des filières. La France est restée largement en retrait, empêtrée dans une stratégie d’extension forcenée du nucléaire, anémiant ainsi le potentiel d’exploitation des acquis technologiques imaginés sur son sol par ses propres scientifiques et raisonnablement mis en œuvre ailleurs.

Le casse-tête de l’indépendance énergétique va obliger les candidats à l’élection présidentielle à relancer le débat partiellement avorté du Grenelle de l’environnement en envisageant beaucoup plus sérieusement l’essor des différentes filières et en définissant précisément un programme résolu sur le long terme. Pour une indépendance avérée, toutes les filières renouvelables doivent être concernées en un bouquet efficace : les énergies marines et hydrauliques, la biomasse, la géothermie haute température, l’éolien et naturellement le solaire thermique, thermodynamique et photovoltaïque.

Revoir la copie sans délai

Cette dernière jeune filière doit être examinée dans l’urgence absolue, pour sauver ce qui pourra l’être de ses vestiges laissés fumants par un moratoire honteusement appliqué sans une once de discernement.

Les aspects sordides du dossier laissent rêveur. Il est, en vrac, sournoisement reproché au solaire photovoltaïque de ne pas disposer d’une filière amont, de ruiner les finances publiques, de présenter de mauvais bilans carbone et énergie grise, de ne pas être recyclable, de créer de l’insatisfaction chez les exploitants, de produire un kWh hors de prix, de peser lourdement sur le consommateur final et autres inepties aussi indigestes que stupides. Une clabauderie insidieusement propagée qui a fini par atteindre même la clientèle particulière peu concernée par le moratoire, aggravant encore l’état du malade. La vérité est pourtant clairement établie sur tous ces points.

De l’exactitude à la manipulation

Oui, le kWh photovoltaïque est encore coûteux, la parité ne pouvant être atteinte qu’après 2020 dans la plupart des scénarios après moratoire ; oui, le photovoltaïque ne peut à lui seul satisfaire nos besoins électriques du simple fait de son intermittence. Tout esprit candide avait conscience de ces aléas qui sont les seuls facteurs d’achoppement.

Car, non, on ne peut pas reprocher au photovoltaïque une faiblesse de la filière seulement quatre ans après son démarrage réel, alors qu’à fin 2010, elle comptait en amont 200 acteurs industriels dont 12 unités de production de modules pour quelques 6.600 emplois ( catalogue des entreprises du photovoltaïque ), et l’aval, avec en particulier ses 6.300 sociétés d’installation (source : Qualit’EnR ) représentait a minima 19.000 emplois. Il est hélas à craindre que ces chiffres connaissent un plongeon brutal !

Des errements de l’administration

Non, le photovoltaïque n’obère ni les comptes de la Nation, ni le budget du consommateur. Ce sont singulièrement les mêmes commis de l’Etat qui ont initialement imaginé le mécanisme de financement du tarif d’achat et les leviers fiscaux et finissent par critiquer l’emballement de la machine. Ils sont seuls redevables de leur incapacité à conjecturer avec leurs propres algorithmes et alertent le pouvoir politique armés de données issus de calculs aberrants.

Si l’on en reste à la méthodologie partisane de calcul des dotations prévisionnelles de la CSPE pour 2011, le consommateur moyen (5.500 kWh annuels) payera mensuellement 1,23 euro pour le photovoltaïque sur une taxe globale de 4,26 euros (source : Commission de Régulation de l'Energie ). Les projections jusqu’à 2020 ont fait redouter une charge équivalent au coût d’une centrale EPR chaque année. Audacieux non ? Il convient donc pour l’avenir de faire travailler des experts indépendants sur le financement du développement des énergies renouvelables.

Jusqu’aux allégations farfelues

Au chapitre des légendes, le bilan carbone du photovoltaïque est de 32 gCO2/kWh. Si ce chiffre est mauvais, que dire des centrales nucléaires avec 66 gCO2/kWh ? (source : A critical survey. B K Sovacool ). Le temps de retour énergétique est au maximum de 3 ans pour une installation photovoltaïque en France (source : HESPUL ), donc excellent puisqu’il effacera 8 à 10 fois cette dette pendant son exploitation. Le recyclage a été pensé par les industriels allemands depuis 2003. Initiée en 2005, l’association PV Cycle est née en 2007 et est partiellement opérationnelle plus de 10 ans avant que les premiers produits exploités n’arrivent en fin de vie. Le niveau de satisfaction des exploitants de générateurs photovoltaïques est mesuré au fil des audits réalisés par Quali’PV et 98,2% des clients se déclarent satisfaits de la qualité du travail de leur installateur.

Agir pour l’avenir

Cessons donc de critiquer lourdement et inintelligemment une filière assurément pleine d’avenir. Le photovoltaïque ne fait aucune ombre à aucune autre filière, il est un des espoirs les plus sérieux du catalogue renouvelable. La création d’emploi, l’Allemagne l’a démontré, suit inexorablement la courbe de confiance des investisseurs. Il faut en conséquence donner une lisibilité à long terme avec un niveau d’accompagnement cohérent et juste, une dégressivité des subventions programmée et un volume de mise en raccordement justifiant la dynamique industrielle, permettant le retour à la confiance des banques et des investisseurs. Candidates et candidats au siège suprême, donnez des engagements fermes pour un travail sérieux portant sur sa relance urgente !

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