Nucléaire français, intangible tabou

Le nucléaire dévoile ses faiblesses, la pensée unique se lézarde et le discours officiel évolue. Rapprocher les camps dans le débat devient urgent.
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En parler commande de baisser le ton. Un argument favorable vous catégorise serviteur de la cause. Une argutie portant sur les carences vous parque dans le camp écologiste. Le nucléaire fait pourtant très largement partie du casse-tête de l’indépendance énergétique qui légitime une réflexion universelle. Le rejet de la discussion, péremptoire et suffisant, exprimé par nos responsables politiques pourrait bien être estimé blessant pour la capacité de discernement de nos concitoyens. D’aucuns cherchent où se cache le complot justifiant la prohibition de la contestation. Certes, les enjeux économiques sont à la hauteur de cette technologie: pharamineux. Mais le monde feutré du nucléaire n’est pas plus pavé de mauvaises intentions que celui tapageur du pétrole. Ce qui les rend chatouilleux, c’est la mise en cause d’un postulat. Et pourtant…

Pourtant le kWh a commencé la valse des étiquettes

Soudain, la mise en œuvre de la Loi Nome (organisation du marché de l’électricité) pose problème. Le coût de l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) aurait-il été volontairement sous-estimé à 26,4 le MWh ? Assurément, puisqu’EDF revendique soudain 46 euros le MWh ! Et quand la Commission de Régulation de l’Energie annonce 30,90 euros, le rapport de Paul Champsaur (président de l'Autorité de la Statistique Publique) commandé par le gouvernement propose un prix de 39 euros le MWh. Ce dernier prix sera vraisemblablement retenu à un euro près avec un double corollaire, le mécontentement des consommateurs d’une part, mais surtout la fin d’une légende d’autre part. En effet, un des arguments forts des défenseurs du nucléaire était le prix de production. Rideau... Il repasse au-dessus entre-autres du charbon, du gaz et de la biomasse !

Pourtant l’impudence du mythe de l’énergie propre se dissipe avec le panache radioactif

L’argument du zéro rejet qui permet à la France d’avoir une production électrique extrêmement propre en terme d’émissions de CO2, bien qu’incontestable, est recouvert du voile apocalyptique jeté par la centrale de Fukushima. Alors, on se souvient que la matière première exige une activité minière et de conversion et enrichissement polluantes. Alors, on se rappelle qu’à fin 2009 ce sont 1121 sites français qui détiennent la bagatelle de 1.152.533 m3 de déchets nucléaires, au cumul, un joli cube de près de 50 mètres de côté qui enfle très vite (source : ANDRA ). Il distend également les tensions entre EDF et l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs, le premier trouvant trop dispendieux le projet du site de Bure (Meuse). Alors, on se dit que la sécurité n’est peut-être pas aussi bien assurée, et André-Claude Lacoste, président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, de renchérir en précisant qu’il n’autoriserait plus aujourd’hui la construction en France de nouvelles centrales qui n’aurait pas le niveau de sûreté de l’EPR. Quid des 18 sites français concernés ? Et de s’interroger encore devant les bancs de l’Assemblée nationale sur la fiabilité des 20.000 salariés de la sous-traitance œuvrant dans ces centrales…

Pourtant l’indépendance énergétique s’envisage sans pérenniser le nucléaire

Nos chercheurs et ingénieurs ont assurément fait du beau boulot. Le Commissariat à l’Energie Atomique ( CEA ) mobilise 16.000 personnes essentiellement pour la recherche. AREVA , comptant sur l’ensemble de ces divisions quelques 35.600 salariés, est numéro 1 mondial de la production minière d’uranium et dans le domaine de l’aval du cycle du combustible nucléaire (recyclage, logistique, assainissement et valorisation des sites), leader mondial de l’amont du cycle (conversion, enrichissement et fabrication) et bien entendu de la conception et la construction de centrales nucléaires. Enfin, notre électricien EDF , numéro 1 mondial de la spécialité, emploie 23.000 personnes dans la production nucléaire (hors sous-traitance). Sans évoquer l’ensemble de la filière, ces précisions font mieux comprendre le poids du nucléaire français. Bien sûr qu'en comparaison les quelques 25.000 emplois dispersés du photovoltaïque ne pesaient pas bien lourd quand le gouvernement a décidé le moratoire pour freiner la charge de compensation des tarifs. Mais cette attitude désinvolte ne pourra perdurer. Un bouquet d’énergies renouvelables peut effectivement garantir l’indépendance énergétique de la France en répondant aux exigences environnementales. Les énergies de la mer (éolien offshore, hydrolien, centrales marémotrices et houlomotrices), l’hydrolique, la géothermie haute température, le solaire thermique et le solaire photovoltaïque sur toitures réunis en sont les principales constituantes. Un transfert de la matière grise affectée à la recherche permettra des coûts de production tout à fait comparables à ceux du nucléaire en moins de 10 ans.

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