Axel de Fersen, le bien-aimé de la reine Marie-Antoinette

Le comte Axel de Fersen, traverse le XVIIIe siècle, en redéfinissant le romantisme exacerbé et bouleverse tous les codes en vigueur à la cour de Versailles.
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Au milieu des innombrables livres, billets, pamphlets consacrés à la reine de France, l’histoire retient une indéfectible affection et, sans doute, une probable liaison platonique entre Marie-Antoinette et un noble suédois.

Axel de Fersen, qui est-il?

Fils aîné d’Hedvig Catharina de la Gardie et du richissime Feld-Maréchal Frederik-Axel von Fersen, figure emblématique et politique de Suède, Axel von Fersen, né à Stockholm, le 04 septembre 1755, rejoint, très jeune, la vieille Europe pour parachever son éducation comme il est de coutume chez les grandes familles nobiliaires. Il se destine à la carrière militaire suivant ainsi le chemin emprunté par son père.

Très empreint de culture française, sa famille et lui-même s’expriment dans cette langue avant même de parler le suédois.

Présentation à la cour de France

Il est de coutume de raconter que le jeune homme tombe amoureux de la Dauphine Marie-Antoinette dès qu’il la rencontre à un bal de l’Opéra. Rien n’est moins sûr. A l’époque, Axel a surtout envie de s’amuser et les divertissements et autres réjouissances ne manquent pas à Paris pour le captiver.

Il est, cependant, présenté officiellement à Versailles à la fin de l’été 1774.

Marie-Antoinette l’accueille d’un “Ah, une ancienne connaissance!” qui ravit, on le conçoit, le fringant militaire. Distingué par la Reine, il entre dans son intimité en compagnie de quelques rares privilégiés comme la princesse de Lamballe, la duchesse de Polignac, le comte d’Artois ou encore le duc de Coigny.

A partir de là, la cour épie, surveille, jase et les courtisans se passionnent pour cette histoire improbable qui est pourtant fondée sur l’intérêt que la souveraine semble porter à monsieur de Fersen.

On peut voir aujourd’hui deux minuscules pièces, à Versailles, qui, au XVIIIe s, sont réservées aux ambassadeurs de passage et dans lesquelles séjourne Fersen lorsqu’il est au château. Ce modeste pied-à-terre, donnant sur une cour intérieure exigüe, est proche des petits appartements de la Reine et favorise, probablement, les rencontres discrètes.

Faveur royale

Bien que personne ne mette en doute l’intérêt que porte le jeune homme à la souveraine, Fersen pense aussi à son avenir militaire. En 1778, la Reine le fait nommer colonel du régiment Royal-Deux Ponts. Enfin, en 1783, fraîchement rentré de la guerre d’Amérique au cours de laquelle il est remarqué pour ses brillants faits d’armes, il souhaite s’installer en France. Louis XVI, sur les instances de Marie-Antoinette et du Roi de Suède, lui octroie une pension, le régiment Royal-Suédois, créé en 1690, et le grade de colonel, comblant ainsi ses plus chers désirs.

Amitié amoureuse ou…plus?

Personne n’a jamais pu prouver de façon irréfutable une quelconque liaison entre les deux jeunes gens. Seules quelques lettres, conservées aux Archives nationales de Stockholm laissent transparaître le tendre penchant qui les unit.

Tout a été dit sur cette histoire avec moult exagérations et affirmations mensongères. Si l’on s’en tient à ce qui est écrit, on ne peut nier que la Reine et Fersen ont une très grande complicité, une affection réelle et une attirance profonde. Mais, rien d’autre ne peut-être affirmé ou infirmé. Est-il aimé? Aime-t-il? Il y a tout lieu de le penser, mais il ne faut pas occulter le fait qu’il est, aussi, un libertin. Ses innombrables bonnes fortunes sont impressionnantes.

Lettres et tenue d’un journal du 03 juin 1770 au 31 mars 1808

Pendant trente-huit ans, cet homme tient un journal, dont il reste quelques milliers pages, dans lesquelles il se dévoile comme un être droit, simple, mais réservé.

Le Suédois est, avant tout, un militaire, et à ce titre, il quitte souvent la cour pendant de longs mois, mais des lettres, sauvées par on ne sait quel miracle, donnent une idée assez explicite de sa profonde inclination et de son attachement à cet amour impossible.

Les lettres sont de plusieurs sortes, souvent codées par le biais du mode poly-alphabétique, sorte de code secret qui substitue une lettre à une autre qui n’est pas nécessairement toujours la même. Une clé permet de chiffrer le texte. D’autres missives utilisent l’encre sympathique.

Dans l'une d'elles, écrite à sa sœur, la comtesse Sophie Piper, sa confidente, il donne le ton. Ses phrases sont éloquentes et ne laissent aucune place au doute.

Faisant allusion à la date anniversaire de l’exécution de Marie-Antoinette, il écrit: “C'était un jour aussi mémorable qu'atroce pour moi, cet anniversaire du jour où j'ai perdu l'être qui m'aimait plus que tout sur terre et que j'aimais d'un amour sincère. Je pleurerai cette perte toute ma vie “

Quelques faits peu connus

  • Fersen appartient à la loge maçonnique L’Olympique de la Parfaite Estime, où seuls se rencontrent des membres de la très grande noblesse, toujours dans une courtoisie de bon aloi qui est très en vogue au siècle des Lumières. A l’époque, chaque régiment possède sa loge maçonnique.
  • Les mauvaises langues prétendent que l’enfant du Temple, le futur Louis XVII, est le fils du Suédois. Le Roi Louis XVI laisse la porte ouverte à toutes les interprétations en écrivant dans son journal une phrase sibylline, le jour de la naissance: “La Reine vient de mettre au monde le duc de Normandie, tout s’est passé comme lorsque mon fils est né”. Complaisance, balourdise? Nul ne peut le dire même aujourd’hui.
  • Entièrement dévoué à la cause des souverains français, Axel prend d’énormes risques en organisant la fuite de Varennes et en servant de cocher à la famille royale pendant la première étape. Malgré ses démarches incessantes pour les sauver, le Roi puis la Reine sont exécutés. Fersen, effondré, regagne son pays. A la suite d’une sombre histoire non élucidée, on l’accuse d’avoir empoisonné le prince héritier. Il se défend vigoureusement d’un tel acte, mais est lapidé par la foule le jour des funérailles du futur Roi. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre sa mort et celle de Marie-Antoinette, toutes deux, brutalement, survenues à cause de la violence, la haine et la bétise des hommes.

  • Evelyne Lever, C’était Marie-Antoinette , Fayard, 2006.
  • Françoise Kermina, Hans-Axel de Fersen , Perrin, 2001.
  • The Fersen Legend

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