La peine de mort ou le cas Troy Davis aux Etats-Unis

La question de la peine de mort a été posée de nouveau avec plus d'intensité encore depuis l' exécution de Troy Davis.
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23h08, (5h08, heure française), mercredi 21 septembre 2011, Troy Davis, un Afro-Américain de 42 ans est exécuté pour le meurtre de Marc Mc Phail, un policier de la ville de Savannah.

Les faits

19 août 1989, Troy Anthony Davis, âgé de 19 ans, et un de ses amis, Sylverster Coles Jr, sont dans un parking, vers une heure du matin, lorsque trois coups de feu retentissent. Un homme s'écroule. Il s'agit d'un policier de 27 ans qui n'est pas en service, mais qui cumule ses fonctions avec un job de surveillance à temps partiel, cette nuit-là.

Les deux jeunes gens s'enfuient. Ils ont la réputation d'être violents. Pour preuve, peu de temps avant le crime, un sans abri rencontre Troy et Sylvester et confirme plus tard que l'un d'eux est en possession d'un pistolet. Il en est certain, il l'a vu puisque l'homme qui porte une chemise blanche (Troy Davis) l'a menacé et blessé. Il ne peut se prononcer sur un port d'arme éventuel pour l'autre.

L'accusation se base sur les faits rapportés par d'autres témoins, au nombre de 9, qui disent avoir vu Troy Davis, abattre Marc Mc Phail de trois balles dans la tête.

Les témoins

De nombreuses zones d'ombre persistent si l'on se penche un peu sur les affirmations de certains de ces observateurs.

Dès le lendemain, Sylvester Coles désigne Troy comme le seul coupable de l'assassinat perpétré sur Mac Phail.

Une femme, présente sur les lieux, regarde une photo des deux suspects sans les reconnaître. C'est seulement lorsqu'on lui monte une deuxième photo qu'elle se souvient de Davis et l'accuse formellement.

Un homme qui se trouve dans sa voiture reconnaît Davis sur une autre photo, bien qu'il précise qu'il faisait nuit et qu'il est difficile pour lui d'avoir une intime conviction. Malgré tout il confirme son allégation.

D'autres témoins racontent qu'ils ont accusé Troy après l'avoir vu à la télévision ou sur une affiche.

Enfin, un certain nombre de ces hommes et de ces femmes signale qu'ils ont subi une énorme pression de la part de la police dans le but de faire passer Davis pour le meurtrier présumé. Vrai ou faux?

Même le SDF menacé dans le parking et légèrement blessé, la nuit du meurtre, revient sur ses déclarations et pense qu'il s'est trompé. Il avoue plus tard avoir peur de la police.

Puis, deux autres personnes qui déclarent avoir reçu la confession de la culpabilité de Davis, n'hésitent pas à revenir sur leurs propos pour les mêmes raisons.

Trois exécutions suspendues, la quatrième effective

1991: Troy Davis est condamné par un jury convaincu de sa culpabilité après deux heures de délibération, et se retrouve dans le couloir de la mort. Commence alors une bagarre sans merci entre ses avocats et l'Etat de Géorgie.

16 juillet 2007: premier recours en grâce, la veille de l'exécution; la peine capitale est repoussée pendant trois mois.

2007 Le Pape Benoît XVI fait une demande dans laquelle il rappelle au Gouvernement de Géorgie que la personne humaine est sacrée et doit être épargnée.

23 septembre 2008: alors qu'il doit être exécuté, une nouvelle suspension de la peine intervient quelques heures avant le supplice.

24 octobre 2008, nouveau sursis.

2009: Davis fait savoir qu'il peut prouver son innocence et la Cour Suprême des Etats-Unis accepte qu'il expose ses revendications devant la Cour du district fédéral dont il dépend. Après un débat de trois jours, le juge en charge de l'affaire rejette les preuves apportées par le condamné.

Après de multiples recours et de refus de rejuger le cas, le 21 septembre 20011, Davis doit subir une injection létale comme il est de coutume en Géorgie.

A 19 heures, la Cour suprême des Etats-Unis accepte de revoir le recours des avocats. A ce moment précis, Troy est allongé avec une seringue dans chaque bras en attente de son sort.

Ce n'est qu'après plus de trois longues heures que la décision tombe, appel rejeté. La mort intervient à 23h08.

Troy Davis a passé plus de 20 ans dans le couloir de la mort. On n'a jamais retrouvé le pistolet avec lequel l'officier de police a été abattu. Aucune empreinte n'a conduit à un doute sur le suspect.

La question est : y-a-t-il eu des abus qui ont mené à l'exécution d'un innocent ? Mais même, s'il s'avère qu'il est coupable, l'indicible cruauté avec laquelle il est traité dans les dernières heures de sa vie prouve, une fois de plus, que la peine de mort est barbare. Le respect de l'être humain devrait primer sur toute autre chose et la prison à perpétuité est elle, au moins, réversible.

Il reste à savoir, aujourd'hui, si la mort de cet Américain n'a pas été vaine et peut déboucher sur l'abolition pure et simple de la peine de mort aux Etats-Unis et dans d'autres pays où elle se pratique toujours.

" I did not personaly kill your son, father, brother. I am innocent. As you take my life, may God have mercy on your soul".

"Je n'ai pas tué votre fils, père, frère. Je suis innocent. Puisque vous prenez ma vie, que Dieu aie pitié de votre âme".

Ce sont les derniers mots de Troy Anthony Davis.

Sources:

Chicago Tribune News

C yberpresse Voir ci-dessus

Le Point: dernière lettre de Troy Davis

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