La rumeur : son origine, ses méfaits

La rumeur naît lorsque l'information officielle est insuffisante ou lorsque quelqu'un veut nuire intentionnellement.
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Les informations déformées ou tout simplement indiscrètes, les informations inexactes voire diffamatoires ou tout simplement prématurées qui peuvent circuler dans une entreprise sont une cause de mauvaise ambiance dans un service, voire une entreprise toute entière. Mais la rumeur peut tout simplement être fondée. Jean-Noël Kapferer analyse le phénomène dans son essai ; «Rumeurs : le plus vieux média du monde».

La rumeur : information non officielle diffusée en chaîne

La rumeur est une information non officielle non vérifiée destinée à être crue et diffusée en chaîne. Elle naît, circule, s’amplifie tant qu’elle trouve des auditeurs qui se sentent concernés, atteint un paroxysme éclate et sombre. Appelée parfois « téléphone arabe », la rumeur est le plus ancien des médias. Parfois, en circulant, elle s’éloigne de la vérité, mais dans certains cas, étonnamment, le message est scrupuleusement respecté. L’ennui avec la rumeur, c’est qu’elle peut se vérifier dans l’avenir (être ou devenir vraie), ne reposer manifestement sur aucun fondement ou être totalement invérifiable, de même que peut être invérifiable l’information donnée en démenti.

La rumeur peut se révéler exacte

La rumeur arrive par un proche « de confiance » qui dit la tenir de« source sure » voire du témoin lui-même. Il ne ment pas, mais a tellement cru celui qui lui a transmis la nouvelle que l’omission des étapes de transmission ne lui semble pas si grave en regard de la valeur que son oubli octroie à l’information. On accorde à ce témoin la même foi qu’on accorde aux journalistes qui publient ou parlent à la télé, comme si toutes les publications passaient un contrôle de véracité et étaient sous garantie. On suppose donc que le messager a vérifié ce qu’il dit

La rumeur naît lorsque la confiance et inexistante et l’information officielle absente

Elle est favorisée par le désœuvrement dans lequel se trouvent les personnes susceptibles de la diffuser. Les dictateurs l’ont compris depuis longtemps et s’appliquent à occuper le peuple qu’ils gouvernent à une foule de tracasseries. La rumeur est souvent la plus satisfaisante des explications d’un événement qui n’a pas été officiellement expliqué. Le quotidien n’excite pas alors que l’exceptionnel et le mystérieux oui. C’est ainsi que sont régulièrement remises en questions des informations considérées comme acquises (n’avez-vous pas entendu dire que le 11 septembre 2001 aucun avion ne s’était écrasé aux États-Unis ?).

La rumeur naît parfois d’une indiscrétion

Une conversation a été entendue, un document traînait sur un bureau, un technicien était venu réparer ; le conjoint répète une information dont il ne se doute pas de la confidentialité puisqu’elle a été évoquée devant lui… C’est pourquoi la fausse « fuite » est aussi un bon moyen de faire volontairement courir un bruit, pour nuire ou pour en couvrir un autre plus gênant… La rumeur peut naître également de rien Certaines choses sont a priori rejetées ; on les accuse alors de tous les maux : « la lumière électrique rendra aveugle les générations futures » ; « en dépassant le 5 km/h avec les automobiles, notre cerveau sera comprimé »… En outre, faire courir une rumeur accusatrice d’une horreur à la mode, transforme le vecteur de l’information en justicier, ce qu’ont cru être les délateurs au cours des siècles : « ma voisine est une sorcière ! » « mon beau père est hérétique ! » et comme croient l’être ce qui accusent de pédophilie le maître d’école, d’escroquerie le commerçant du coin, de malversation le comptable, d’alcoolisme le chef, de racisme le collègue, etc.

Comment gérer la rumeur ?

La meilleure arme contre la rumeur est le mépris car notre intérêt est aux yeux de certains la preuve de sa véracité. Décrédibilisez donc la rumeur en la laissant courir jusqu’à ce que la preuve de son infondé se fasse d’elle-même vous ridiculisez ainsi ses vecteurs et toutes leurs affirmations passées et à venir. Mais il est parfois difficile à assumer psychologiquement d’être traîné dans la boue pendant des mois, d’autant plus que cela peut avoir des conséquences professionnelles et financières. Il faut alors démentir la rumeur mais pas n’importe comment. En effet, le démenti, contrairement à la rumeur, n’est pas un scoop croustillant ; il ne peut que décevoir celui qui en a connaissance et peu, en outre, attirer l’attention de ceux qui ne connaissaient pas encore la rumeur. De plus, la victime émue, passionnée, veut trop en dire et ne choisit pas la formule qui frappe. En outre, l’argumentation logique est souvent inefficace car beaucoup de rumeurs ne reposent pas sur la logique mais sur des croyances, des allégations gratuites : « Et si Untel n’était pas si honnête que ça ? »

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