La période d'opposition de l'enfant de 2 ans

La crise d'opposition de l'enfant de 2 ans: mieux connaître pour mieux gérer une période nécessaire et incontournable du développement de l'enfant.
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Les parents d’enfants de 2 ans et demi expriment souvent ce constat qui les alarme: «Je ne reconnais plus mon enfant. Lui qui a toujours été un bébé facile, calme, devient depuis quelque temps tyrannique, colérique, il dit non à tout ce que je lui demande. Est-ce normal, que se passe-t-il?»

La réponse est oui, un tel comportement est normal à cet âge, c’est ce qu’on appelle la période d’opposition.

Faut-il laisser faire et attendre que cela passe ou bien renforcer votre autorité parentale pour ne rien céder, de peur d’en faire un petit démon?

La réponse est non, il n’est pas question de céder ni de sévir. Il s’agit de mieux comprendre ce comportement afin d’adapter au mieux vos exigences éducatives.

Si cette période est bénéfique et indispensable à la construction de l’identité de l’enfant et à l’acquisition de son autonomie, il n’en n’est pas moins certain que la façon dont les parents vont y répondre va avoir une incidence sur sa future vie sociale.

Les manifestations de cette opposition

Vers 2 ans et demi, l’enfant a acquis ses pleines capacités motrices et une certaine autonomie physique vis-à-vis de l’adulte. Ce n’est plus un bébé, et ses parents se réjouissent alors de pouvoir partager de nouvelles expériences avec ce grand garçon ou cette grande fille. Mais quelle n’est pas leur déception quand ils se retrouvent face aux colères de leur enfant. Mais où est donc ce bébé si gentil et souriant qu’ils connaissaient? Aujourd’hui, il ne sait dire que «non» et se jeter par terre à la moindre contrariété. De nombreux signes d’opposition et de rancœur se manifestent au travers de paroles comme «méchant», «je t’aime plus», «non», et toute exigence de la part des parents peut déclencher la colère et l’agressivité.

Il ne veut pas prendre son bain, venir à table, il se jette par terre au moment de quitter la maison pour la crèche. Autant de comportements qui laissent les parents démunis et culpabilisés. Souvent, le conflit s’envenime, car bien sûr, il choisit toujours le moment de quitter la maison quand on est déjà en retard ou le soir au moment des retrouvailles quand le parent s’attend à le voir se jeter dans ses bras avec joie après une longue journée de séparation.

Les raisons de cette manifestation

Pendant les deux premières années de sa vie, l’enfant est en totale fusion avec ses parents au point de penser «je suis le parent». Bien sûr, il s’agit d’un sentiment inconscient mais essentiel à sa sécurisation affective. Vers 18 mois, il commence à prendre conscience de l’autre et, par conséquent, de lui-même, mais ce ne sont alors que les prémices à la construction de son identité.

C’est entre 2 et 3 ans qu’une véritable rupture intervient: l’enfant réalise alors pleinement qu’il n’est pas le parent, que ses parents ont leur vie propre, et qu’il va devoir construire la sienne (nous parlons toujours de sentiment inconscient). Sa première réaction est alors de leur en vouloir, et cette rupture de relation fusionnelle est alors source d’angoisse pour lui.

Sa première réaction va être de vérifier la réalité de son pouvoir sur ses parents. Par son attitude opposante, il cherche à être le centre d’intérêt afin de recevoir en retour la confirmation de son illusion de toute puissance. Cette période d’opposition est essentielle à la construction de son autonomie et de la différenciation soi-autrui. Il veut l’attention exclusive.

L’enfant se retrouve alors dans une ambivalence:

  • il a besoin de s’opposer afin de prouver qu’il existe en tant qu’être à part entière en dépassant et refusant les règles;
  • il a besoin d’être sûr qu’il ne va pas perdre l’amour de ses parents.

En testant le parent, il teste la solidité des liens.

Du coté des parents

Durant cette période, plus l’adulte va exiger, plus l’enfant va réagir avec agressivité. La patience des parents est alors mise à rude épreuve. Ils se sentent en difficulté pour tenir l’interdit face à la réaction violente de l’enfant. Ils ne reconnaissent plus leur enfant. Ils peuvent alors se sentir démunis et céder à ses exigences pour plusieurs raisons (fatigue, culpabilité) ou, au contraire, durcir leur comportement pour autant d'autres raisons (crainte de paraître trop laxistes, remise en question de leur autorité parentale).

Cette phase, comme nous l’avons vu, est incontournable et, surtout, indispensable au développement de l’enfant en quête de son identité. Il ne s’agit pas de céder, mais une réponse trop sévère ne fera qu’engendrer encore plus de colère de part et d’autre.

Durant cette période, plusieurs choses sont essentielles:

  • donner à l’enfant des limites et un cadre rassurant;
  • donner ce cadre au travers de règles cohérentes que l’adulte pourra tenir;
  • reconnaître la colère de l’enfant tout en restituant la règle, en lui indiquant que l’on comprend son mécontentement, mais qu’il est impératif de respecter le cadre;
  • accompagner l’enfant avec des mots pour l’aider à contenir ses émotions;
  • il est parfois nécessaire que l’adulte s’apaise de son côté avant de se confronter à l’enfant;
  • changer les ordres en invitations peut dédramatiser la situation.

Il est important de garder en mémoire que cette période, aussi pénible soit-elle, est bénéfique à la construction de l’identité de l’enfant.

Ainsi, une bonne dose de patience dans un cadre concret et sans excès va permettre à chacun de s’y retrouver. Et pourquoi pas l’humour, qui est sans doute le meilleur moyen de banaliser et de prendre de la distance par rapport à une situation finalement bien naturelle, inhérente au développement de l’enfant?

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