Bleus lagons : les marchés du petit matin à Papeete

L'alimentaire, c'est avant l'aube, dans la nuit encore bleu-outremer, pour le jour le plus long de la semaine, le dimanche. Mais pas seulement...
15 Août

L’habitude, elle est ancrée à la peau et au climat. En Polynésie, le dimanche est le jour de la famille par excellence. Alors, autant le déguster au maximum.

Pour qui veut passer ses vacances en Polynésie française, inutile de craindre la canicule. Du point de vue touristique, on ne vante peut-être pas assez les bienfaits toniques de ce climat océanien-tropical. Un régime sans excès.

Rien à voir avec l’idée d’étuve moite que le quidam se fait à propos des îles. L’air marin insulaire tempère.

Alors, quelque part entre le bleu velouté de la nuit, le bleu irisé des matins de nuées, les bleus lagons, les turquoises frétillant, ces moments où s'échangent d'autres valeurs que papier plissé de figurines et grelots de monnaie : des cascades de souhaits et de rires feutrés.

Faire ses emplettes culinaires avant l’aube et profiter au maximum

La météo insulaire : un climat auquel chacun peut s’adapter facilement. Pas de torpeur, pas de froidure : pas d’obstacle réel. Si ce n’est la fatigue de la semaine de travail : mais déjà le week-end commence sereinement le samedi où la capitale s’apaise et somnole.

Une température qui tout au long de l’année varie autour de 25°. Pas de sautes de thermomètre, ni d’humeur et du coup, pas de difficulté majeure à se bouger en début de jour.

Les journées commencent tôt et se terminent à l’heure d’un coucher de soleil précoce. Tout du long de l’année encore et avec ou sans risque de neurasthénie ? Elles ne dépassent pas 18 heures. Alors, autant commencer tôt.

L’ambiance est tranquille, fleurie, souriante. Petits yeux ou pas, chacun arbore un visage ouvert et avenant, des gestes sans brusquerie, des salutations : du regard, des sourcils, de la main, du refrain de la voix.

Il n’est pas 5 heures , Papeete s’éveille : ce ne sont pas les tronches métro-boulot-dodo d’une pléthore de capitales aux méridiens lointains.

Une qualité de climat pour un dépaysement gastronomique

L’énergétique à fleur d'eau et de nature. Pas vraiment dans tous les milieux sociaux et pas à tous les degrés de pauvreté bien visibles sous la lumière. S’en accommoder fait partie des traditions de 1ère nécessité entre poissons aux mille couleurs et lait de coco. Le tout apprêté dans cette marinade des îles - avec crudités et citron. La mode, elle se la jouait japonaise en Europe, comme si le poisson cru de Polynésie s’était échoué sur un rivage inconnu.

Un camaïeu de thons, fin pêchés et fin de goût. Les écailles bleus fluo des perroquets, les teintes pétantes des mahi mahi (daurades coryphènes), les carapaces à pois des crabes et le cobalt monté sur tige des yeux de tupas… et de quoi se faire son cinéma de palettes avant de voir le jour.

Vous voilà introduits dans le royaume du naturel.

Vous êtes entre deux rêves : non ! le marara (poisson volant ou exocet) ne survit que sur les autres îles. Vous n’êtes plus dans la légende, mais dans la saga des espèces menacées… même si la pêche constitue un exploit sportif à la hauteur du mythe et à encâblure de harpon.

Si une grande majorité de gallinacés vit à la sauvage sur l’île, même autour des petits fare des zones urbaines, l’élevage n’aurait pas encore basculé totalement dans l’industriel : le poulet fafa (à l’épinard) reste encore au goût du jour, parmi l’impressionnante variété de tubercules aux noms et aux configurations plus gigantesques qu’étranges.

Les jeux de cartes végétales s’édifient comme châteaux avec taro et taraua, poe et patate douce, igname et manioc, fei etc.

Même l’arbre à pain (uru), hôte des jardins potagers (faaa'pu), laisse cueillir son fruit, pour se laisser pétrir en miche. Pain salé, pain sucré, au choix.

Gourmandises et délices

Le dimanche, au marché comme sur les routes de Tahiti, le ma’a (repas) peut se prendre à la gamelle car après le marché, pfuit ! La route, la mer, le four tahitien en pleine terre, les grillades, les réunions de famille .

C’est alors que nous apprenons que la banane est un légume, que le bananier meurt après la production de son régime et qu’il ne cesse de décliner les couleurs et les sapidités.

Quant au plaisir de la pulpe, il mise sur une multitude d’agrumes, et de fruits goûteux et odoriférants : papaye, mangue, noni (tout dépend des langues et des palais pour être incontestable), ananas et cette châtaigne mapé…

Quant à ce fruit sublime, le corossol, qui fond dans la bouche ou se confond en mousse. Toute une histoire de charmes et de succulences.

Et si vous voulez rêver aux pommes cythère, eh bien embarquez en un clin d’oeil sur une étoile.

Atmosphère

On commence la journée avec le pua’a rôti (cochon) en guise de petit déjeuner, consommé sur place. Occasion de se ressourcer entre proches avant d’entamer la suite des occupations dominicales.

Si les orchestres kaina (populaires ou folk) ne se font pas trop entendre à cette heure, c’est qu’ils viennent de terminer d’accompagner les fêtes officielles ou familiales. Mais leur présence est quotidienne, les autres jours au marché comme dans la rue.

On se contentera juste de quelques colliers, couronnes de fleurs ou bouquets arrangés. Le motif floral ce n’est pas seulement sur le vêtement et les nappes des étals. C’est dans les cheveux la parure de plaisir, de fête, de convivialité.

Un parfum de cette vanille sans égale (même pas la bourbon des Caraïbes) à l'époque des marieurs de plein juillet.

Les dernières vagues de nuages indigo disparaissent, les langueurs de la nuit estompées, plein soleil sur les yeux grand ouverts.

Sur le même sujet