Braderie, du grand art ?

La braderie ? l'occasion pour l'art de s'exhiber ailleurs que dans ses cloîtres, hélas sans rien modifier ni à l'intérêt pour l'art, ni au marché de l'art.

Débaptisée en l’occurrence, le temps d’une journée, la rue des Petites Boucheries s’appelle au grand soleil de juin, « Rue des Arts », la grande. Une enfilade sous les arbres en bord de rivière face à cette succession de gargotes et de boutiques.

La rue, elle s'affiche aux vitrines des devantures que vient rehausser un bleu de ciel exceptionnel pour la saison. C'est l'époque des braderies, des vide-greniers, des soldes. Le grand débarras des surplus. Et pour le grand déballage de la toile, faut-il compter sur un quelconque soubresaut ?

Côté lumière

Ils se sont installés avec leurs œuvres, leurs outils et leurs instruments. Comme à la foire, sous une cageotte, ils étalent leur matériel et ils oeuvrent là, sous nos yeux, à l’étal.

Ils déroulent toiles, cartons, anneaux, chaînes, et ils mettent de la couleur sur le macadam de la rue.

Ils se vêtent de teintes vives et ils se disposent comme un parterre de fleurs sauvages sur la chaussée devenue piétonne.

Et ils exposent : sur le crépi à même le trottoir, la poussière des façades, la grisaille des devantures, les grilles sous les marabouts de toile immobiles.

Elles arborent un look multicolore mais elles sont en situation précaire, parfois avec un enfant. Et là, vendre sur le trottoir, même à bas prix, ça ne provoque pas les raz-de-marée.

Côté ombre

Rien n’a changé dans la perception que le public peut se forger de l’art. C’est inabordable, incompréhensible, c’est pour les cercles guindés de la vie, compliqués de la tête.

Et sur leur carré de trottoir, Magali Mathis et Emmanuelle Rouillon, peintres de chevalet, se montent des scénarios où l’art a sa place et devient pratique familière.

Portraitistes, d’une certaine façon, mais avec une touche d’expressionnisme qui tord les tripes et cette fantaisie qui interpelle le regard.

En face, sous le feuillage, assis à même la terre, le SDF du coin, écouteurs à l’oreille, se perd dans ces visages burinés. Et sous la chaleur qui monte à midi, les œuvres baignent dans ces effluves malodorants d’animaux domestiques.

Macadam Cowboy

Peinture et Littérature, ils se font presque face, ces « bicéphales », comme se plaît à se nommer Guillaume Hantz en croquant ces quidams qui se dédoublent dans leur art.

Lui, aveuglé par la clarté. Elle, Laurence Litique (édition 2009 du prix de la Nouvelle Henri Thomas ), lunettes noires et parasol. Bien que ne se connaissant pas, ils traquent tous deux les traces d’humanité. Elle dans les vapeurs nocturnes, et les camaïeux de nuées ; lui, dans les cartouches, les trompe-l’œil et les jeux de miroirs.

Ils ne sont pas Texans ! Will (Guillaume), le tricéphale qui donne aussi dans la musique se complaît à goûter le soleil. Ils ont en commun, avec les personnages du film cette quête de

l’autrement.

Ils attendent le client, comme on rencontre son double. Et Will Black Wild – à la scène -, ses toiles, sa pile de livrets poétiques réalisés artisanalement, écoute le clapotis du courant sur les sautes de rochers.

Du double au trio

C’est l’absence inaccoutumée de circulation qui donne cette impression de renaissance. La journée bien entamée semble suspendue au silence que viendra dégourdir festivement un groupe ado de hip hop.

Ce seront bien les seuls. Peu de passants s’aventurent à entrer en communication. Il n’y a rien à consommer sauf, sur ces tréteaux en devanture de Resto.

Un trio, encore un pied aux Beaux-Arts , s’adonne impromptu à la composition tricéphale … Chacun pour soi, sur le même support : ça ne leur était encore jamais arrivé. Ils inaugurent, sans vraiment savoir où les mène leur tentative.

Trois têtes du bout des âges, trois physionomies aux traits sculpturaux, aux expressions borderline.

Trois droitiers qui se nomment de gauche à droite : Gaël Cantor, Thomas Florian, et le blond Thomas Bernardy . Et comme une blague de potache se détachent d’un fond glauque, trois têtes bien typées, trois têtes d’écorché, de géant de pierre, de faussement niais.

Ca crayonne, ça « fusaine », ça sanguine… sur les blogs

Dîtes-moi qu’il n’y a rien à voir ! et tout à essayer… Ceci n’est pas une braderie !

voir : http://www.suite101.fr/content/un-prix-litteraire-pour-qui-pourquoi--quelle--notoriete--a29150

et

http://www.suite101.fr/content/les-petits-papiers-laissez-parler-a29696

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