Délinquance et prévention : travail sur soi ou image miroir ?

« Je suis ce que je suis » : tel est le projet initialisé au sein de la Protection Judiciaire de la Jeunesse pour aider les mineurs à se reconstruire.
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Quand les jeunes se heurtent, à tous les échelons de leur environnement, au regard dépréciatif de leurs pairs, des institutions ou de la société, quel type d’intervention pourrait réhabiliter leur image ?

Quand leur vécu est disqualifié, un projet éducatif peut-il encore s’envisager ? Et à titre personnel comment pourraient-ils se réconcilier avec leur image ?

C’est le pari que tient Patrick Le Flécher, éducateur PJJ.

Enfance en danger

Ils sont adolescents, sous suivi judiciaire relatif aux bilans dont ils ont fait l’objet avec leur famille.

Ils sont en échec ou ont décroché du système scolaire.

Ils bénéficient de mesures éducatives au niveau de la santé, de l’insertion sociale, de la formation.

Ils se sentent cantonnés dans une situation dont ils ont du mal à s’extraire sans être taxé de faux-frère.

Ils ne savent plus, craignent de se dire : ils redoutent que les mots ou ceux qui pourraient les entendre ne les trahissent.

C’est sur la notion d’identité, la mise en place personnalisée des repères que porte l’action menée conjointement avec le Musée de l’Image de la Ville d’Epinal .

Une ébauche de soi ?

Patrick Le Flécher, éducateur à la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) d’Epinal et initiateur du projet « Je suis ce que je suis », nous en rend compte au cours de l’inauguration de l’exposition. Elle s’affiche pour une dizaine de jours (du 15 au 25 juin) au Centre Culturel du cœur de la ville. Elle se matérialise aussi par un site « Images de soi », un catalogue.

Patrick Le Flécher explique : « Face à l’image dégradée que les adolescents peuvent avoir emmagasinée depuis des années, j’ai longtemps réfléchi à une façon de les impliquer dans la restauration d’une image positive.»

« Face à la peur, à la pudeur de se dire, il fallait trouver, un moyen simple. Un support moins intimidant que les mots. Un support ludique. »

« Un pinceau, une feuille : c’est accessible à tous. Un dessin, une image, ça ne ferme pas le sens, ça n’enferme pas le jeune dans une idée, une identité unique. »

« L’activité culturelle se définit ainsi : mettre en image soit les éléments de son portrait, soit à différents âges, soit présenter ce qu’on aime. »

Un projet rassurant : la projection artistique

Ils ont perdu les repères.

Ils ont perdu les réflexes de dire et de se dire ; ils craignent les mots.

L’aspect manuel garantit un minimum d’intimité mais aussi ce retour au monde de la réalité.

« Pas de mots, pas de discours, ajoute l’éducateur, coordinateur de l’action. Pas de renvoi au système scolaire. Pas de menace, pas d’échec. C’est le portrait qui parle d’eux. »

« Tout le monde peut se représenter … Et si on n’est pas doué en dessin, restent l’ordinateur, les stocks d’images qui leur conviennent, les montages photos, les vidéos etc.»

Le Musée de l’Image délègue une animatrice artistique polyvalente, la PJJ deux éducateurs. Les groupes constitués de cinq à neuf jeunes suivent quatre sessions de trois journées consécutives d’octobre à mai.

Quelle solution de reconnexion mettre sur pied ?

Le projet est artistique, il ne participe pas de l’art-thérapie . Il s’ancre dans l’ouverture culturelle, dans la réalité du métier, du plaisir artistique.

« Il est à la fois modeste et ambitieux. Il ne représente que le début de quelque chose. L’éventualité que l’image peut se modifier : l’image de soi, à l’instar de l’image picturale. Le portrait, c’est vague et vaste. », commente Patrick Le Flécher. « Le portrait, c’est une rencontre : avec soi-même, avec l’autre. Il ne peut être figé. L’image, c’est un raccord entre le corps et la conscience qu’on a de soi. »

Plongés dans un contexte inhabituel dans l’Atelier, les jeunes ont découvert aussi les métiers de l’image.

En fait, ils se sont redécouverts. L’image présupposant l’effet-miroir, certains n’ont pas hésité à démultiplier leurs avatars, à disparaître derrière mais aussi à la commenter. Les textes les plus longs figurant sur le livret, résultant de ceux qui avaient participé aux ateliers de slam.

Et si l’art, le passage par le culturel, c’était vraiment le moyen de se construire, de se réparer, d’exister ?

L’aurait-on tant oublié qu’il faille le remettre en place ?

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